CHAPITRE PREMIER
teiir delà sainte journée du lo août! » — Enfin, le 12 avril 1793, le célèbre Guadet ne craignit pas de dire : « Les mesures qui ont renversé le trône le 10 août, c'^esl nous qui les avons pi'oposées ( I ' . »
Il est donc évident que les Jacobins furent les seuls conspirateurs du lo août, et que cette qualification n a pu être appliquée aux défenseurs des Tuileries qu'avec une impudente calomnie, pour donner Tair de représailles à d'indignes excès.
Esquissons maintenant la dernière nuit et le dernier jour de la royauté de Louis XVL Malgré notre désir d'être bref sur les faits d'histoire générale, il nous faudra quelques pages pour donner une idée juste de la lutte suprême entre le peuple et la monarchie.
L'insurrection du 10 août s'était préparée sans mystère. La veille, un homme parcourait la terrasse des Feuillants avec un étendard portant cette légende : Louis, demain le trône sera renversé, DEMAIN nous SERONS LIBRES (2} ! L'Assemblée législative et la municipalité, plus ou moins com-
(1) Ces divers propos sont rapportés par Necker dans son livre Dtf /a Révolution françoite, 1. 11. p. iSg.
(3) Labbé de Montgaillard, Hist. de France, t. m. p. i35, 7» édition.
pUces (0, n'avaient rien fait pour prévenir la catastrophe. Le commandant général de la Garde nationale, M. Galiot de Mandat, chargé de la défense des Tuileries, prit seul des mesures contre le projet des insurgés. Il renforça la garnison du château et fit garder les portes avec de l'artillerie. Tant dans le jardin que dans les cours et les appartements, il réunit sous ses ordres gSo suisses, 900 gendarmes à cheval, 2,600 gardes nationaux, quelques canons et deux ou trois cents gentilshommes accourus volontairement avec le vieux maréchal de Mailly.
A onze heures du soir, le 9, les chefs de l'émeute font sonner le tocsin et battre la générale. Mandat, de son côté, fait battre le rappel pour la garde nationale et prie le maire de venir aux Tuileries. Pétion hésite, et se rend enfin au château où il trouve les ministres et Rœderer. « Il paraît qu'il y a beaucoup de mouvement, lui dit brusquement le roi. M — Oui, sire, répond-il , la fermentation est grande. » Et il ajoute quelques fausses protestations de dévouement. Mandat lui reproche d'avoir refusé des cartouches à la garde nationale
1) Bazirc, Chabot, Merlin dit de Thionvillc et cinq ou six autres députés étaient dans le secret des préparatifs. Quant au maire Pét.on.son rôle ambigu est expliqué par cet aveu qu'il fit en 1793 : « Je déniais l'insurrection, mais je craignais qu'elle ne réussit pas. Ma position était critique; il fallait faire mon devoir de citoyen sans manquer à celui de magistrat. » Son devoir dç citoyen, lisez d'insurgé.