CHAPITRE PREMIER. Jt
l'air de se plaindre de sa détention. « On peut le dire sans crainte d'être démenti, écrit M. Mortimer- Ternaux, dans cette nuit fatale où s'accomplit la passion de la royauté , Pétion cumula le rôle de Judas et celui de Ponce-Pilate. Comme Judas, il vint, au commencement de la soirée, donner le baiser de paix à Louis XVI en l'assurant de son dévouement; comme le gouverneur romain, au lever de l'aurore, il proclama l'impuissance dont il s'était frappé lui-même et se lava les mains de tout ce qui allait arriver (i). »
La famille royale fut sur pied toute la nuit. La reine avait auprès d'elle la princesse de Lamballe, la princesse de Tarente, Madame de Tourzel et sa fille Pauline, et quatre ou cinq autres dames attachées à sa maison ou à celle des enfants de France. Entre trois et quatre heures du matin, M"^^ Elisabeth s'approcha de la fenêtre et fut éblouie des premiers feux du jour : « Ma sœur, s'écria-t-elle, venez donc voir l'aurore ! » Et, Marie-Antoinette, pour lui plaire, assista au lever du soleil « qui devait éclairer son dernier jour de royauté ; le ciel, par un triste présage, était rouge de sang (2'. »
Après le départ de AL de Mandat, on engage le roi à passer les troupes en revue. Elles stationnaient dans les cours et dans le jardin sous les ordres de
(i) Mortimer-Ternaux. Hht. de la Terreur, t. ii, p. 281, 2« édit. -! Hist. de la Terreur, 1. 11. p. 267, 2« édit.
M. de la Chesnaye, commandant général en second. L'émeute grondait déjà. Les insurgés des faubourgs et les fédérés étaient parvenus sans obstacle aux abords du palais. Louis XVI descend dans les cours et visite les postes qui touchent le Carrousel; il est d'abord acclamé avec sympathie ; puis des cris de Vive la nation ! se mêlent aux cris de Vive le Roi ! Dans le jardin où il passe ensuite, un bataillon du faubourg Saint-Marceau défile devant lui et fait entendre les cris de Vivent les Sans-Culottes ! à bas le Veto! à bas le Roi! Louis XVI, découragé, n'a pas la force d'exhorter les soldats à la défense de la couronne. A son retour , la reine dit à M"''^ Campan : « Tout est perdu \ cette revue a fait plus de mal que de bien. » En ce moment, deux officiers municipaux qui n'avaient pas transigé avec leur devoir, MM. Phi* libert Borie et J. J. Leroux, le procureur-généralsyndic Rœderer et trois officiers du Département qui Pavaient accompagné tiennent conseil et décident qu'on ne doit pas attaquer, mais qu'il faut repousser la force par la force. Tel est le sens de l'ordre qu'ils donnent par écrit à M. de la Chesnaye. Lecture en est faite aux troupes par le commandant et les officiers municipaux. On les écoute froidement. Les artilleurs déchargent leurs pièces. Rœderer essaie en vain de ranimer leur zèle et celui des autres corps. Ses paroles sont couvertes