‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 101 sur 275 · CHAPITRE PREMIER. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. I

Le Directoire du district de Belley traitait aussi à la turque ses administrés. Un patriote de seize ans, qui avait assisté le fusil sur l'épaule aux fédérations de Grenoble et de Lyon, qui était ensuite parti pour Paris et avait sans doute pris part à la journée du lo août, n'avait pas donné de ses nouvelles depuis plus de six mois. Naturellement on devait le croire plutôt mort qu'émigré. Cette dernière supposition prévalut cependant. C'était tout profit pour la nation, mais cela ne faisait pas le compte de sa mère, M*"^ Billiemaz, ni celui de son oncle Billiemaz dont nous avons déjà parlé (2), qui par testament de son frère était substitué au jeune homme. Son héritage leur échappait; ses biens étaient confisqués (voir l'extrait de Taffiche des 2 novembre 1792, ch. 11 de la IX"^ Époque) et allaient être mis en vente. L'oncle Billiemaz s'adresse au district pour faire annuler la confiscation ; mais ^L\L du district ne veulent pas lâcher leur proie. Il a beau produire le testament et plusieurs lettres desquelles résulte la présomption de mort et non celle d'émigration, ces messieurs lui répondent froidement :

« Votre neveu est compris dans le rôle des émigrés ; il est absent de Belley ; tous ceux qui ne sont pas actuellenrent sous les yeux de leur municipalité, dans quelque

i) Voir ch. VI de la IH» Epoque, i" vol.. et ch. viii de la IY« Epoque, J^ volume.

ik

temps qu'ils soient partis, dans quelque endroit qu'ils aient porté leurs pas, dans quelque endroit ou par quelque événement qu'ils aient trouvé la mort, nous -les tenons pour émigrés et nous vendons leurs biens. Si, comme vous le prétendez, il a été tué h Paris, le dix août, en défendant Sa patrie, et que vous ne puissiez l'établir en ce moment, la patrie s'emparera de son bien ; il lui doit ce double sacrifice ; tous les événements imprévus dans ce temps de trouble sont nuls pour nous ; il faut que vous nous trouviez votre neveu mort ou vif. Il ne s'agit pas de savoir si cela est juste, il suffit que la nation y trouve son profit; la nation ne peut avoir d'égard à la substitution dont vous parlez : vous voyez bien que si elle consentoit qu'elle fût ouverte en votre faveur, elle stipuleroit contre elle-même, et cela n'est pas admissible. »

Repoussé à Belley, Billiemaz se présente à Bourg devant le Directoire de TAin, le 4 février 1793, et, après avoir exposé sa réclamation et la théorie du district :

Je vous le demande, s'écrie-t-il, citoyens administratifs, votre pat. iotisme bien connu tiendroit-il contre de tels principes?

La loi agraire, que des fripons mettent dans la tête des imbéciles, est bien moins extravagante. Au moins, en la supposant possible et admissible, je réclamerois ma portion; elle m'assigneroit quelque part un coin de terre, que i'irois péniblement bêcher, et j'en défendrois les fruits | les armes à la main ; mais avec le mot émigration arbi- | trairement appliqué, la nation m'enlèveroit tout, sans même profiter de tout : car le domaine que mon frère a | voulu me faire passer, dans le cas où son fils unique mou- S

Page 1