CHAPITRE PREMIER. IJQ
nit sans enfants, sine liberis, et avant vingt-cinq ans, est en proie à la plus désolante dépravation. Les Houlans hongrois, les Vandales venus des confins du nord pour dévaster la France et assassiner les François, n'y feroient pas plus de dégâts : j'en épargne le tableau à vos cœurs compatissants. Et pour peu que vous tardiez à m'en envoyer en possession, en me donnant main-levée de saisies qui ne peuvent être considérées que comme des vexations, vous ne me rendrez que le sol, encore me dit-on qu'on en déplace les limites; quelques bestiaux ont déjà été vendus, les autres ont été menés au marché par les grangers qui ont fait la spéculation de les vendre en argent, pour en compter à la Nation en papier ; les fourrages disparoisse nt avec les arbres fruitiers et de service ; les ruches à miel sont enlevées. Ma belle-sœur et moi sommes couchés sur la dure; les matelas de nos lits sont dans ceux des fermiers séquestres, dont les femmes sont revêtues des nippes et hardes de ma belle-sœur qui manque du néces- -*aire absolu. L'on a présenté aux commissaires du district -Quelques septiers de vin gâté, qu'on a donnés pour la récolte entière.
Si de tels excès étoient permis ou seulement tolérés, si la justice ne devoit pas reprendre ses droits, on peut aussi me ranger à côté de mon neveu dans le rôle des émigrés ^ je n'aurai pas mieux que lui la coupable idée d'aller porter les armes contre ma patrie ; mais j'irai demander asile aux cannibales, aux Topinambours ,• au moins si dans ces pays, que nous appelons barbares, et que je crois civilisés, on n'y connoît pas de loix écrites, l'on y connoît les lois immuables de la nature, l'on n'y est cruel qu'envers les er nemis, l'on y respecte le droit de propriété ; et si un père mourant disoit: c dans le cas où mon fils unique viendroit à mourir sans postérité, je veux que ma cabane, ma hache,
l8o DIXIÈME ÉPOQUE.
mon hamac, mon arc et mes flèches passent à mon frère et ami, » cette dernière disposition y scroit rcHgieusement respectée (i).
On ne se plaindra pas de cette longue citation : elle montre comment tombaient en ruine les propriétés frappées de confiscation, et comment la perversion du sens moral s'introduisait dans les fonctions publiques avec les dernières couches sociales.
Le Directoire de l'Ain, peu soucieux de trancher le nœud gordien, promit à Billiemaz de soumettre la question à la Convention nationale. Notre ardent Bugiste ne se tint pas pour battu ; il alla demander lui-même Justice à la Convention. Nous ignorons le résultat de sa démarche ; mais si le domaine de son neveu lui fut rendu, il ne put en jouir longtemps : arrêté à Lyon comme agent des Girondins, il périt sur Féchafaud le 5 décembre
A la nouvelle de la mort de Louis XVI, le ministère anglais avait « porté Toutrage envers la République française, au point de donner ordre à Tambassadeur de France de quitter sous huit jours le territoire de la Grande-Bretagne. » Le roi
^ (i) Discoîirs prononcé par le citoyen François Billiemaz. homme de loi ! au Directoire du départ, de l'Ain, le 4 février ijgS, l'an II de la Répu- V ~l)liiue. Belley, 1793. 20 p. in S. — Ph. L.D.