‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 104 sur 275 · CHAPITRE PREMIER. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. l

Le même jour, 9 février, un volontaire de l'Ain se distingua par un trait héroïque, habilement exploité pour chauffer l'enthousiasme guerrier. Voici le récit qui fut imprimé :

Une Lacédémonienne, présente à un combat dans lequel elle avoit deux fils, voyant l'un d'eux tomber mort, ordonna à son frère de prendre aussitôt sa place. Ce beau trait est connu, et célébré avec justice. La France peut maintenant lui en opposer un autre encore plus beau.

Un grenadier du 5« bataillon de l'Ain, en faction sur le bord du Rhin, est frappé à la tête d'un boulet qui lui fait sauter la cervelle. Alexis Emonet, c'est le nom de cette généreuse victime, avoit un frère, simple volontaire dans le même régiment. Claude Emonet se trouve de garde au même poste, et son tour de faction succède à celui de son frère. Claude, avec un stoïcisme rare, prend son fusil, et dit à son caporal : Je vais achever, moi., la/action de Pion frère.

L'officier de poste et ses autres camarades s'opposent à cette résolution, et veulent le soustraire à l'affreuse image qa'il a sous les yeux. Claude insiste, et veut qu'on le pose factionnaire à la même place, puisque c'est celle de son poste. Il a le courage de remplir son devoir, à l'endroit même tout couvert du sang fraternel, et de commander la nature.

Quitte envers la patrie, on le vit s'acquitter ensuite des devoirs de son cœur. Claude n'étoit point un guerrier farouche, que le métier des armes a endurci au point d'être in;«nsible aux plus douces affections. Relevé de sa consigne après l'heure prescrite, il va se précipiter sur le corps de son frère ; il ne l'arrose point de larmes ; mais sa piété I fraternelle tournera au profit de cette même patrie, la

cause innocente de la perte qu'il vient de faire : Oui! mon cher Alexis ! Je le Jure sur tes restes sanglants et inanimés^ oui ! je vengerai ta mort sur l'ennemi de notre République. Oui^ tu seras vengé par moi, ou je périrai avec une gloire aussi pure que la tienne.

Tant il est vrai que toutes les vertus se donnent la main, et ne vont jamais l'une sans l'autre. L'amour de la patrie et la tendresse fraternelle en fournissent ici un exemple touchant, à jamais célèbre dans les fastes du peuple de France (i).

La situation s'aggravait. La Bretagne, l'Anjou, le Poitou s'insurgeaient pour la défense de leurs anciens prêtres. Lyon se disposait à lutter contre la tyrannie parisienne. Lès Montagnards de la Convention, pour régner sans partage, allaient créer le tribunal révolutionnaire, destiné à nettoyer les écuries d'Augias, selon le mot de Barère, c'est-à-dire à balayer tous les obstacles à leur dictature : les Girondins, les émigrés, les royalistes et les prêtres réfractaires. En attendant, ils édictaient de nouvelles mesures de persécution contre la Noblesse et le Clergé.

Décret du 14 février ijgS. — La Convention nationale décrète qu'il sera accordé à titre d'indemnité et de récompense la somme de cent livres à quiconque découvrira et fera arrêter une personne rangée par la loi dans

(i) Action héroïque de Claude Emonet, volontaire au 5« bataillon de l'Ain. Le g février 1793, vieux style. 2 p. ia-4"' sans lieu d'impression. - C«« D.

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