CHAPITRE PREMIER. l
par les vociférations des Marseillais qui arrivent à huit heures. Il voit que l'émeute devient plus menaçante et craint que la défense ne faiblisse. Les jours du roi lui semblent en danger. Il se rend auprès de lui, et se joint à J. J. Leroux pour presser Sa Majesté de se réfugier dans le sein de rAssemblée nationale. Louis XVI hésite, la reine encore plus. Les ministres insistent. Le roi consent à cette dernière épreuve. Il se met en marche entre une haie de Suisses et de gardes nationaux, avec sa famille, ses ministres et M"^" de Tourzel et de Lamballe. Il était huit heures et demie. Le cortège suit la grande allée des Tuileries jusqu'aux parterres, puis tourne à droite vers Tallée des marronniers. Le sol était déjà jonché de feuilles mortes. « Voilà bien des feuilles, dit le roi ; elles tombent de bonne heure cette année. « Et chacun de penser à cette couronne qui tombait aussi feuille à feuille.
Le Corps législatif qui, depuis la veille, siégeait dans Pexpectative, averti de l'arrivée du roi, envoie à sa rencontre une députation de vingt-quatre membres. Près de l'escalier de la terrasse des Feuillants, la populace se pressait autour d'une pique portant la tête du journaliste Suleau que Théroigne de Méricourt venait d'égorger. Surexcitée par la vue du sang, cette foule ignoble crie sur le passage de Louis XVI : Nous ne voulons
plus de tyrans. La mort! la mort! à bas Madame Veto ! Le cortège ne parvient qu'avec une peine extrême et une lenteur inouïe dans la salle du Manège. « Je suis venu ici, dit le roi, pour éviter un grand cri-me : je pense que je ne saurais être plus en sûreté qu'au milieu des représentants de la nation. » — « Vous pouvez. Sire, répond Vergniaud qui présidait, compter sur la fermeté de l'Assemblée Nationale; ses membres ont juré de mourir en soutenant les droits du peuple et les autorités constituées. » Louis XVI est placé avec sa famille dans la loge d'un journaliste, celle du Logographe, et c'est là, dans un réduit de 1 2 pieds de large sur 6 de haut, qu'il assiste pendant dixsept heures à l'agonie de la royauté (de 10 heures du matin à 3 heures de la nuit).
Dès que les défenseurs des Tuileries connaissent le départ du roi pour l'Assemblée, la défection se met dans leurs rangs. Les uns se retirent : les autres se joignent aux rebelles. La plupart des gendarmes vont au Palais-Royal, puis sur la place Louis XV. Il ne reste en face du Carrousel que les Suisses, des artilleurs et quelques détachements de gendarmes et de gardes nationaux. Les généraux du château, MM. de Boissieu et de Mendu, et le colonel des Suisses, M. Mailiardoz, comprennent que la résistance n'est plus possible dans les cours et font monter dans les appartements tous