CHAPITRE ni
tout ce que nous avons vu, un seul mot qui puisse les faire regarder comme suspects. »
Les commissaires, de retour à Bourg, refusent de voir et d'interroger cette grande conspiratrice. Le 9 avril, elle comparaît devant le Directoire du département. Des explications lui sont demandées sur une lettre qu'on lui présente et dans laquelle « un parent Finvite à faire des dons patriotiques, moyen, dit-il, qui a obtenu la tranquillité aux femmes de qualité à Paris. »
Elle répond simplement qu'elle n'a pas cru c qu'il y eût du mal à faire du bien à la nation, ni à obtenir à ce prix sa tranquillité, puisque ces dons faisoient connoître qu'elle étoit bonne patriote. »
Le Directoire, convaincu de son innocence et touché de ses infirmités, demande aux commissaires que cette malheureuse dame soit au moins rendue à la liberté provisoirement. Nos Jupiters tonnants demeurent impassibles et se plaignent « de ce qu'on les entretient sans cesse de cette femme (i). »
(i) Tous ces détails sont empruntés au Mémoire contre Amar et Mer* -li 10, dont nous parlerons plus loin.
Une lettre de ces personnages, datée de Trévoux, 10 avril, débute par CCS lignes caractéristiques :
« Vous vous apitoyez sans cesse sur les infirmités des personnes des dt tenus, et vous oubliez que le salut public est singulièrement compromis p«T les menées sourdes de tous ces podagres dont les douleurs ne se ma-
M"^ Elisabeth d'Ivoîey, âgée de trente ans, demeurant à Bourg, fut mise en arrestation le 29 mars, par les citoyens Convers et Blanq-Desisles, et laissée d'abord dans son domicile sous la surveillance de deux gardes nationaux et sous le cautionnement des citoyennes Antoinette d'Ivoley et Marguerite-Hubert de Saint-Didier. Elle était accusée, comme M*"^ de Bouvens, de conspiration contre la République, et cela parce qu'on avait saisi une lettre à son adresse, timbrée de Vienne en Autriche, écrite par son oncle Noël d'Ivoley, ancien vicaire de Belley. On avait aussi intercepté une lettre sans timbre, adressée par le chevalier d'Ivoley aux citoyennes Brocard, marchandes, pour remettre à la citoyenne Berton, son ancienne ■gouvernante, mariée avec un soldat du régiment des chasseurs de Franche-Comté.
Le 3i mars, M"^ d'Ivoley crut obtenir sa liberté en écrivant à Blanq-Desisles la lettre suivante, que nous transcrivons d'après Gouly ; c'est Gouly lui-même qui a souligné certains passages :
Je vous écris à vous directement, citoyen, pour vous
nifestent que lorsqu'il s'agit de surprendre la bonne foi de ceux qui les surveillent. Nous vous le répétons, nos sollicitudes et notre humanité ne peuvent s'étendre que vers la grande plaie de la République, et ce n'est qu'en sacrifiant les différents points de gangrène qui la fatiguent, que nous parviendrons à la sauver. Ainsi ne nous adressez plus de ces doléances particulières. (Registre du Conseil général du département de lAin, 24 avril 1793).