CHAPITRE m
attester que cest à tort qu'on m'a consignée chez moi ; qu'il est impossible que je sois coupable, vu que, depuis le mois de juillet 1792, je n'ai reçu aucune lettre de l'exte'rieur, ne voulant ni ne devant avoir aucune correspondance avec les ennemis de la République : de plus, je n'ai vu que l'écriture de l'adresse de cette prétendue lettre, et je ne la connois point. Vous devez, aussi bien que moi, connaître l'écriture et le style du chevalier ; puisque vous ave^ reçu ses lettres pendant quelque temps, et qu'il y a des preuves irréfragables de votre coupabilité ; il n'y en a point qui puisse me condamner. // est donc de votre intérêt et de celui des autorités constituées de ne pas laisser mettre en évidence qu'il existe parmi eux des membres réfraclaires aux lois, et je puis vous assurer que si l'on me met dans le cas de me défendre, vous sere^ cruellement accusé, et d'autant plus cruellement, qn'il y a des preuves ostensibles. Ce ne sera pas moi qui les produirai ; je me suis fortement opposée à ce qu'il fût fait mention de vous ; mais cela n'empêche pas qu'on ne fasse circuler le fiel dans l'esprit du peuple et que je ne craigne qu'on ne s'aigrisse au point de nous mettre dans l'embarras où se trouvent les malheureux Bretons, en atténuant le respect qu'il faut nécessairement imprimer au peuple pour ceux qui doivent être les interprètes des lois. Faites donc en sorte que ceci se puisse passer sans explications, parce que je vous certifie qu'elles ne peuvent être qu'à mon avantage, et que la véracité des preuves qui sont en ma faveur ne peut que donner une grande lumière sur la pureté de mes sentiments politiques, ce qui ne seroit pas tout à fait de même pour vous. Travaillez donc à faire lever mon arrestation, et qu'il n'en soit plus parlé. D'ailleurs, c'est attenter à la liberté que nous soutenons ; et l'impossibilité de vaquer à mes affaires y porte un désordre que per-
sonne ne peut réparer ; je remets mes intérêts et les vôtres entre vos mains, et vous souhaite le bonjour.
Signé : La citoyenne Elisabeth d'Ivoley. Le 3i mars 1793.
P. S. Si vous croyez pouvoir venir vous-même apporter votre réponse, faites-le \je vous en dirai davantage (i).
Blanq-Desisles livra cette lettre au département en la traitant d'imaginaire ; si bien que le 3 avril, M"^ d'Ivoley fut ainsi que sa famille, nous le verrons tout à Pheure, l'objet d'un article spécial du nouvel arrêté de persécution, pris parles Commissaires.
Son interrogatoire, qui eut lieu peu après au département, ne fournit aucune preuve de conspiration et confirma les relations de Blanq-Desisles avec les émigrés :
Avons présenté à ladite Elisabeth Divoley, disent les administrateurs, une lettre du 3i mars, par elle adressée au citoyen Blanq-Desisles, et lui avons demandé si elle reconnoît avoir écrit ladite adresse ;
A répondu reconnoître ladite lettre et l'avoir écrite.
Interrogée si elle a connoissance que le citoyen Desisles
(1) Recueil des pièces que présente B. Gouly, représentant du peuple, à l'appui des comptes qu'il a rendus à la Convention nationale les ii ventôse et 9 messidor, dans sa mission dans les départements de l'Ain et de Saône-et- Loire, powr servir de réponse au mémoire distribué au nom de Blanq-Desisles, aux Jacobins et la Convention nationale le 3o fructidor. — Imprimé par ordre de la Convention nationale. Paris, 26 p. in-8. — H. Gloria!
Quatorzième pièce, p. 20.