CHAPITRE IV
Suite de la mission cfAmar et Merlino dans l'Ain. Arrestations illégales à Belley ; arrêtéi du département des q et lo avril i ~ g3 ; proclamalion du district de Belley. — Mesures contre les propagateurs du manifeste de Dumouriex- — Réquisitoire et lettre du procureur-syndic de Nantua contre le comte Douglas ; échec du procureur. — Cessation de l'ouverture des lettres. — Réclamation de 23 détenus de Chàtillonlès-Dombes. Plainte du déparlement contre les commissaires, 24 avril. — Cinq cents suspects en prison ; quatre courageux citoyens de Bourg dénoncent à la Convention les procédés d'Amar et de Merlino ; accueil sympathique du président. Mémoire au comité de sûreté générale; pièces justificatives : Lettre et arrêté draconien des commissaires, daté de Fareins le 16 mai ; le Conseil général du département refuse d'exécuter leurs ordres et instruit la Convention de leur abus de pouvoir. Les arrestations continuent; M. de Seyssel est dénoncé pour avoir mal parlé des assignats.
Les ordres d'Amar et Merlino contre les suspects furent exécutés avec empressement.
Le Directoire de TAin recommanda, il est vrai, dc-ns une instruction du 9 avril, de laisser toute liberté aux citoyens et citoyennes dont les opinions politiques ou religieuses n'étaient ni une cause de trouble, ni un danger pour la chose publique (i).
{:) Arrêté du directoire du département de l'Ain sur l'exécution des
memres de sûreté publique et sur l'inviolabilité des citoyens mis aux
arrêts ou en état d'arrestation. — Du g avril rjg3, Tan second de la
sfie;'. française. (Préambule et 14 articles). Bourg, 179?. 8 p. in-4.. -^
Mais les officiers municipaux ne demandaient pas mieux que d'humilier tout ce qui leur était supérieur ; c'était un bonheur pour eux que de mettre en prison les nobles, et de séquestrer leurs biens qu'ils espéraient acquérir à vil prix. Les commissaires, d'ailleurs, multipliaient les victimes en provoquant les dénonciations. Dénonce^! dénonce-{ ! tel était le thème perpétuel de leurs prolixes àx^couvs.Qiioi, point de dénonciations? s" icvia.\Q.nX.ils. Le père doit dénoncer son fils ; le Jils doit dénoncer son père. Il n'y a point de vrai patriotisme sans dénonciation (i).
L'abus des arrestations devint tel que, dans le district de Belley, un particulier, sans mandat, se permettait d'attenter à la liberté de ses concitoyens, et dressait procès-verbal de ses exploits civiques. L'administration fut obligée d'intervenir.
Le Directoire du département prit, le lo avril, l'arrêté suivant :
Vu l'avis donné par le directoire du district de Belley,
(i) Une note manuscrite d'un contemporain, le greffier Debost, ajoute un horrible détail à cet horrible principe. « Amar et Mcrlino, dit-il, pervertirent l'opinion; ils dirigèrent la haine du peuple contre les gens de bien, portèrent les citoyens à la délation, mcme contre leur père, mère, époux et famille; et comme un citoyen courageux. Chambre, procureur, leur représentoit qu'on ne dénonçoit pas sans preuve. Leymerie, leur secrétaire, dit qu'il n'y avoit pas besoin de preuves, que s'il en av oit fallu pour condamner Louis XVI, il auroit encore la tête sur les épaules. Cet horrible propos jeta la terreur dans les esprits et encouragea la canaille aux délations qui dévoient conduire à l'échafaud. »