CHAPITRE IV. 23 I
sujet à l'appel dans la commune de Montréal et soumis à la surveillance la plus exacte.
Une solution si étrange déplut-elle aux deux commissaires? Le 21 mai, le ministre de Tintérieur la critiqua et prescrivit une nouvelle instruction. Les Directoires du district et du département, c'est une justice à leur rendre, persistèrent, le 4 et le 12 août, dans leurs premières déclarations .i}. M. Douglas obtint donc la levée du séquestre mis sur ses biens et sa radiation de la liste supplémentaire des émigrés. Mais on voit que ce ne fut pas sans peine; et par là on peut juger que l'arrêté des commissaires était une arme au service des animosites particulières.
Avant de préciser l'effet désastreux de cet arrêté du 3 avril, félicitons le conseil général de l'Ain d'avoir révoqué, vingt jours après, ses dispositions relatives à l'ouverture des lettres. « Ce moyen extrême de sûreté générale, dit Tun des administrateurs, étoit devenu inutile, dès qu'il avoit été rendu public. » Le secret des lettres fut rétabli le 23 avril ; l'arrêté ne fait nulle mention de l'assentiment des commissaires ; il est signé par VLM. Pages, jcré5Zt/e«/; Tardy, Grumet, Morand, Balleydier, Peysson, BiLLON, HucHET. Tacon,
'r) Pièces manascrites: copies authentiques. — C" D.
PiTET, Frémion, Thoubillon, Barberat, Perret, receveur ; Perret de Saint-Benoît, Giraud, Robin, Vieux, adininistrateurs ; Duhamel, procureur-général-syndic ^ et Brangier, secrétaire (i).
Des centaines de suspects furent arrêtés par les ordres d'Amar et Merlino. Les prisons se remplirent non-seulement de nobles et de prêtres, mais aussi de bourgeois, d'artisans et de laboureurs. Dans certaines communes, à Marboz, à Saint- Didier sur Chalaronne, par exemple, tous les cultivateurs qui ne fréquentaient pas la messe constitutionnelle, étaient incarcérés. D'après le mémoire dont nous parlerons tout à l'heure, « une multitude d'individus des deux sexes gémissoient dans les prisons de Trévoux, Montluel, et dans presque toutes celles du département. A Trévoux, toutes les vengeances avoient été exercées, toutes les haines assouvies ; et des citoyens, pères de famille, accusés vaguement d'aristocratie, avoient été arrachés à leurs femmes, à leurs enfans, avec une inhumanité et une barbarie dont rien n'approche (2 . »
Dans la petite ville de Châtillon-lès-Dombes, vingt-trois suspects furent détenus dans le couvent
(i) Arrêté du Conseil général du département de l'Ain, portant cessation de l'ouverture des lettres et paquets. Du 23 avril 1793, l'an second de la Rép. fr. Bourg. 4 p. in-4», — Ph. L.D.
(2) Mémoire contre Amar et Merlino, p. 21.