CHAPITRE IV
des Ursulines. Parmi eux se trouvaient les citoyens Morel et Despiney , ex-bénédictins , la citoyenne Despine}', ex-ursuline, les citoyens Gaichenon, curé de Dompierre, et Galon, surnuméraire au bureau des droits d'enregistrement. Le civisme des premiers n'était pas douteux, et les deux derniers avaient été dénoncés par esprit de vengeance et de jalousie.
La preuve qu'ils devaient être épargnés, c'est que la Société des amis de la liberté et de V égalité de Ghâtillon sollicita leur élargissement le 19 avril et que le conseil général de la commune et celui du district intervinrent aussi en leur faveur les 2 1 et 22 avril. La première de ces pétitions est signée : Jean-Baptiste Meuriej\ fils, président, Chambre^ Rabuel et Meunier, secrétaires ; la seconde : Delonne, maire ; et la troisième : Cherel^ le jeune, Blaiic^ d'Alban, vice-président et Hiini' bert^ procureur-syndic (i).
Les commissaires, cuirassés contre tout sentiment d'humanité, n'écoutaient aucune plainte, aucune recommandation ; le plus souvent, ils ne permettaient ni l'interrogatoire des prisonniers, ni la délivrance de pièces utiles à leur défense.
Les vingt-trois détenus de Ghâtillon prirent le parti de s'adresser directement à la Gonvention, le 29 avril :
U Mémoire contre Amar et Merlino, pièces B et C, p. 35.
Citoyens législateurs,
Nous venons re'clamer votre justice et les loix protectrices de la liberté individuelle. Depuis plus de trois semaines nous sommes en état d'arrestation et de détention, sans en connoître, sans même en soupçonner les causes et 'les motifs: vous avez envoyé des commissaires dans le département de l'Ain ; les principaux objets de leur mission étoient d'y surveiller le recrutement, d'y ramener la paix si elle eût été bannie, et de pourvoir aux moyens de la maintenir si elle y régnoit. Nous attestons que leur but étôit d'avance parfaitement rempli ; l'exécution des loix n'éprouvoit aucune résistance, le recrutement aucun obstacle ; les autorités constituées étoient respectées : nul trouble, nulle trace de complot ni de conspiration ; en un mot, tout étoit tranquille et dans l'ordre. Cependant, quoique la situation de notre département présentât l'aspect le plus sa isfaisant, la calomnie, qui jamais ne repose, a sans doute aiguisé ses traits, elle a frappé l'oreille de vos commissaires, elle a surpris leur religion ; ils ont appesanti sur nous le pouvoir dont vous les aviez investis, ils ont porté l'effroi et la désolation dans le sein de nos familles. Enlevés par leurs ordres à tous les objets les plus chers de nos affections et à nos occupations paisibles et multipliées, conduits dans une maison d'arrêt avec un appareil militaire réservé pour les grands coupables, nous avons vu avec douleur les regards inquiets du peuple se fixer sur nous, et le soupçon du crime planer sur nos têtes.
Quels sont donc les crimes qu'on nous impute? Aurionsnous été soupçonnés de trames et de conspirations contre la République ?
Aurions-nous été accusés d'avoir suscité des troubles, provoqué la rébellion aux loix ?