‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 132 sur 275 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

but que voulurent atteindre quatre citoyens courageux, MM. Valentin du Plantier, Chicod, Morel et Goyffon.

Nantis des documents nécessaires, ils partirent pour Paris, et présentèrent à la Convention, le 1 9 mai, la pétition suivante :

Citoyens représentans,

Cinq cents (i) de nos concitoyens gémissent depuis six semaines dans les fers ; nous vous apportons leurs réclamations, vous nous écouterez avec intérêt, vous leur rendrez justice.

Le département de l'Ain respecte et chérit ses représentans, respecte les autoritées constituées; les contributions se payent avec exactitude ; l'autel de la patrie a été couvert d'offrandes; le recrutement s'y est effectué avec zèle et tranquillité ; tout en un mot, étoit dans l'ordre et marchoit d'après vos loix, lorsque sont arrivés vos commissaires Amar et Merlino. Ils eussent dû voir que toutes mesures extraordinaires et de rigueur étoient inutiles dans cette partie de la République confiée momentanément à leur surveillance; mais l'intrigue, qui toujours veille, les a entourés, la calomnie surprend leur religion, et, d'après leurs ordres, les larmes de nos pères, de nos épouses, de nos enfans, de nos amis, ont coulé et coulent encore avec amertume. Arrachés de nos bras, on les traîne en prison ; de nouvelles Bastilles s'élèvent et recèlent des citoyens de tout âge, de tout sexe, et de tout état.

(i) On lit sur l'adresse du 24 avril :

< Les arrestations exécutées sur les ordres directs des commissaires ou 8ur ceux des autorités constituées s cievèrent environ à quatre cents et le no nbre en augmente chaque jour. »

Ici, ce sont des septuagénaires; là, des laboureurs arrachés à la culture de leurs champs pour n'avoir pas été à la messe: ailleurs, c'est une femme accablée d'infirmités, accusée de faire passer des secours à son fils émigré, et cette femme infortunée n'eut jamais le bonheur d'être mère : un citoyen, domestique, est arrêté porteur d'une lettre qui, selon vos commissaires, contient des intentions perfides ; point de procès-verbal, point d'écrou, rien qui constate les motifs d'arrestation...

Deux citoyens, acquittés par un jugement rendu depuis peu de jours, sont de nouveau incarcérés...

Un habitant des campagnes, un meunier, est compris dans ces arrestations arbitraires, pour avoir accordé l'eau de son moulin plutôt à certaines personnes qu'à d'autres.

Suivons la marche de vos commissaires : nous les verrons ordonner ou approuver la réclusion de citoyens et citoyennes n'ayant contre eux que leur précédent état civil, mais dont k civisme est attesté et l'élargissement consenti par les autorités constituées, dont nous vous rapporterons les avis, et par une société populaire dont la pétition motivée vous sera remise par extrait. Dans une seule municipalité de campagne, près de cent familles ont été mises en état d'arrestation.

Quelque incroyables que vous paroissent ces faits, nous les établirons par pièces probantes et authentiques.

Nous nous bornons à ce petit nombre de traits, pour vous éviter de gémir plus longtemps sur ce tableau de désolation et de douleur...

S'il est des coupables, qu'ils soient punis! S'il est des innocens, qu'ils soient promptement absous et rendus à la liberté !

Convaincus de votre équité, pleins de confiance en

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