‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 140 sur 275 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

nir une force armée, qui sera soldée par des dons volontaires et, en cas d'insuffisance, par une taxe sur les riches. Il convoque un administrateur de chaque district pour aviser à l'organisation et à Tentretien de cette force armée départementale^ et il fait un appel échevelé au patriotisme de ses concitoyens :

Citoyens, depuis quatre ans vous jurez de vivre libres ou de mourir. Remplissez aujourd'hui ce serment. Ce n'est plus le moment de délibérer ; il faut agir : l'ennemi est à nos portes ! Oui, citoyens, à nos portes ! Le territoire de la République est souillé par deux cent mille brigands, prêtres, nobles ou fanatiques, qui ont arboré l'étendard de la rébellion. Ils s'abreuvent du sang des patriotes; ils pillent, ils brûlent, ils violent, et se livrent, en un mot, à tous les genres d'atrocités possibles.

Les mêmes maux menacent la République entière. Partout les perfides ont creusé la mine de la révolte; ils n'attendent que le moment favorable pour la faire éclater dans tous les points du territoire français.

Si vous êtes républicains, n'attendez pas dans une apathie criminelle que l'incendie soit général. La voix de la liberté menacée se fait entendre ; elle réclame vos secours ; volez sous ses drapeaux !

Les départements du Jura, de l'Hérault, du Gard, de l'Aude, de Rhône-et-Loire donnent l'exemple d'un généreux dévouement. Il sera bientôt suivi de toute la République. Le département de l'Ain ne sera pas sans doute le dernier à l'imiter.

Ce n'est pas vous, Citoyens des campagnes, que la patrie

appelle. Cultivez vos champs ; vous secondez assez vos concitoyens en préparant l'abondance des récoltes.

C'est vous, Habitants des bourgs et des villes dont les occupations sont moins utiles, vous qui vous dites amis de la liberté, vous qui l'êtes ; ne seriez-vous pas coupables si vous restiez dans l'inaction ? Les registres de l'honneur sont ouverts dans vos municipalités ; allez vous y inscrire; remplissez ce devoir ; la patrie vous y invite, la patrie vous l'ordonne.

Vous, Concitoyens qui ne pouvez vous enrôler sous les drapeaux de la liberté, quelque partie du département que vous habitiez, vous vous empresserez d'alimenter vos défenseurs ; vous donnerez, nous en sommes certains, votre superflu, peut-être même une partie de votre nécessaire ; votre intérêt, l'intérêt public vous le commandent.

Jetez un coup d'oeil sur l'orage qui vous menace ; voyez la tyrannie associée avec le fanatisme et l'anarchie pour vous précipiter dans l'abîme.

Voyez vos personnes et vos propriétés prêtes à devenir la proie des despotes.

Voyez, d'un autre côté, vos amis, vos frères réunis en phalange, qui font le sacrifice de leur vie pour le salut commun ; aidez-les à vous sauver, si vous ne voulez pas périr avec eux (i).

La grande et sublime cause du salut du peuple est incompatible avec les passions particulières ; ce seroit la déshonorer que de s'en servir pour satisfaire des vengeances pi^ivées .

(i) Registre du Conseil général, i8 mai.

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