CHAPITRE V
Cet excellent principe, inscrit dans le préambule du règlementde la Société populaire de Nantua, { i ; , ne dirigeait guère la conduite de nos patriotes. Nous allons citer un exemple de leur abus de pouvoir.
Un médecin sans fortune, parvenu aux fonctions municipales par son exaltation démocratique, et heureux de faire sentir son autorité aux gens plus haut placés que lui, eut la maladresse d'attaquer M. Gaillard, homme riche et considéré, chef de légion, beau-frère de Thomas Riboud et plus tard beau-père du savant agronome, Marc-Antoine Puvis. M. Gaillard, qui ne brillait pas par la patience (nous l'avons connu}, ne se laissa pas molester par le méchant Esculape et l'étrilla d'importance malgré son écharpe municipale.
Les écrits échangés entre les deux adversaires vont nous initier à leur querelle. Citons d'abord l'exposé véridique et modéré de M. Gaillard :
Votre qualité d'homme public, dit-il au citoyen Rollet, vous a servi de moyen pour m'élever une difficulté; en homme libre, je vous ai observé que vous excédiez vos pouvoirs; vous m'avez menacé du corps-de-garde, avczvous eu raison ? c'est la question que je vous propose et que je soumets au public.
Une loi du 9 mars 1793 porte, art. VI, que les chevaux
(0 Règlements (sic) de la Société populaire de Nantua, adopté le 9 mai 1793 et signé : Lepely, président, Jantet et Sécrétant, secrétdircs. Saint- Claude, 1793, 24 p. in-i2. -- Ph. L. D.
26o DIXIÈME ÉPOQUE.
et mulets non employés à l'agriculture ou aux arts de première nécessité, seront livrés sur les réquisitions des commissaires, sauf l'indemnité qui sera fixée, à dire d'experts, par les Conseils généraux des communes.
En vertu sans doute de cette loi, vous, RoUet et votre collègue Duhamel, vous présentâtes chez moi à la fin d'avril ; vous me demandâtes si j'avois un cheval en me déclarant que vous vouliez le désigner, faire estimer et en disposer pour la chose publique.
Je répondis que j'avois un cheval, mais que, chef de légion, étant en activité, à la réquisition des corps administratifs, et prêt à me rendre au poste que l'on m'indiqueroit, mon cheval m'étoit nécessaire, et l'étoit conséquemment pour la chose publique. Vous ne fûtes pas convaincu par ma réponse, et le désir d'être utile à l'Etat, sentiment unique qui vous anime, vous engagea à résister à mes observations, et à demander que la chose fût décidée par le district.
J'allai au district, j'exposai le fait, et il y eut arrêt décidant qu'attendu mon service, je conserverois mon cheval : je portai cet arrêté à la commune, et je le remis aux commissaires députés pour la visite des chevaux.
Cet arrêté, citoyen Rollet, vous étoit connu parce que vous étiez l'un des commissaires, et en donnant l'exemple de la soumission aux décisions des autorités supérieures, vous auriez dû attendre que le motif qui avoit dicté la décision cessât, pour venir faire valoir vos pouvoirs.
Ce n'est pas la conduite que vous avez tenue. Le 24 du courant (mai), vous êtes arrivé dans mon domicile, assisté du citoyen Reydellet, procureur de la commune, accompagné des citoyens Berchu et Roux, maréchaux; vous avez exigé la représentation de mon cheval, vous l'avez