CHAPITRE V. a6l
fait estimer, vous l'avez saisi, et vous vouliez le faire emmener.
Je vous ai observé que vos démarches étoient contraires à l'arrêté du district, et que vous outrepassiez vos pouvoirs ; vous m'avez répondu qu'il existoit un arrêté verbal du district qui anéantissoit le premier, et qui autorisoit votre saisie.
Trouvant de la singularité dans cette réponse, sachant que les districts ne donnent que des arrêtés écrits et non verbaux, je m'y suis rendu, et j'ai demandé aux membres du directoire assemblés s'ils avoient donné des ordres ultérieurs pour saisir mon cheval ; le directoire m'a répondu qu'il n'avoit donné aucun ordre, et qu'il m'invitoit à savoir du citoyen Rollet, de qui il prétendoit tenir cet ordre.
Empressé de satisfaire à l'invitation du directoire, je suis allé à la commune, où je vous ai fait la question dont j'étois chargé ; vous m'avez dit, en présence des citoyens Carabasse, Curnillon, Bonnet, Humbert et autres que vous teniez cet arrêté du citoyen Buget, procureur-syndic du district.
J'en ai de suite fait part au district, et le citoyen Buget m'a donné un certificat négatif de votre allégué; j'en donne copie à la suite de cette adresse, afin que vous soyez convaincu de la vérité.
Porteur de cette pièce, je me suis présenté à la commune et l'ai communiquée aux membres assemblés, en observant qu'il étoit au-dessous du caractère de l'homme public, de commettre de pareilles erreurs ; que lorsqu'on en imposoit, on ne pouvoit mériter la confiance publique.
Ce langage, qui est celui d'un républicain, vous a déplu, citoyen Rollet, et en vous exaspérant vous avez mis votre
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écharpe et vous m'avez dit de vous respecter. Je respecte votre caractère, ai-je re'plique', mais pour l'homme qui en impose, je suis dispensé du respect et à plus forte raison de l'estime... (i).
Le citoyen Rollet eut la bonhomie, dans sa réponse, de rapporter les propres termes dans lesquels il fut apostrophé par son adversaire :
S'adressant à moi, Louis Rollet, il dit : « Je vous dé- « nonce à tous vos collègues, à tous mes concitoyens pré- « sens, comme un imposteur, indigne de la confiance « publique ; votre règne finira ; et vous, ses confrères, je t ne sais comment vous pouvez souffrir parmi vous pareil « homme qui a perdu la confiance et qui est déjà trop « connu. » Les citoyens Bonnet et Carabasse, officiers municipaux, lui représentèrent en vain qu'il insultoit en ma personne le conseil municipal, et que s'il avoit à me dénoncer, il devoit rédiger sa dénonciation par écrit ; mais Benoît-Gabriel Gaillard continua ses injures : pour lors je me décorai de mon écharpe; je l'invitai, au nom de la loi, de respecter mon caractère et le lieu où il se trouvoit ; il me répondit qu'il « respectoit l'un et l'autre, mais non ma personne qui étoit indigne d'en être revê-
(i) Benoît Gabrisl Gaillard, chef de lésion, au citoyen Rollet. ojp' cier municipal de la commune de Bourg. 8 p. in-S". Imprimé attaché au registre municipal.
Cet exemplaire porte, à côté de la signature imprimée G.illard, la signature manuscrite Gaillard.
Ces variantes de noms étaient du reste assez fréquentes : on imprimait, par exemple, B«7/o«, Bonnet, Billeydier, Gagneur, et Ton signait Billion, Bonet,Balleidier, Gagnieur. On ne se faisait aucun scrupule d'écrire Merlino, Merlinot ou Merlinoi, Jagot ou Jago\, Alban ou Alb2nt, Chalier on Challier. Torombert ou Thorotnbert, La Teyssonnière ou Lateyssonnière, etc. Qu'on ne s'étonne donc pas de trouver dans cet ouvrage les mêmes noms sous diverses formes.