CHAPITRE V
dans toute sa longueur. On se battit toute la journée avec acharnement ; la résistance était égale : chacun défendait sa vie et sa liberté. Enfin, vers six heures du soir, la section du Temple, composée d'hommes robustes et braves, enleva une batterie à la course, avant qu'on ait pu la recharger ; ce mouvement décida l'affaire en faveur des honnêtes gens. L'Hôtel-de- Ville fut pris. M. Madinier, commandant des Lyonnais, monta les marches de l'Hôtelde-Ville à cheval, les rênes entre ses dents, un pistolet à chaque main. On y trouva les corps des prisonniers faits par les Jacobins. Ils avaient été massacrés et outrageusement mutilés. Bertrand, maire de Lyon, Chalier, Carteron, Rouleau et beaucoup d'autres furent arrêtés, conduits à l'arsenal, et confiés à la garde de M. de Gueriot qui en était le commandant : le lendemain ce dangereux dépôt lui fut demandé pour être conduit à Roanne, prison de la ville.
Les Lyonnais se nommèrent d'autres autorités. La tranquillité se rétablit. Une liberté inconnue au reste de la France fut le fruit de cette victoire. De toutes parts on accourut à Lyon pour y chercher un asile contre les persécutions qui régnaient partout ailleurs...
Peu après, Chalier, mis en jugement, fut déclaré coupable et condamné à mort. Il ne se trouva pas une nullité dans son procès; tous ses crimes furent prouvés ; les lois dictèrent son arrêt. Il refusa un défenseur, plaida luimême sa cause, et montra beaucoup de sang-froid. Il voulut marcher au supplice. Je le vis passer, ayant l'air de dire toujours non au prêtre qui s'avançait à son côté. Sa tête chauve et jaune se détachait fortement au milieu des troupes nombreuses déployées autour de lui. Il mourut comme il avait vécu {17 juillet). Riard de Beauvernois, noble dégénéré, qu'il avait enrôlé sous sa bannière san-
glante , fut jugé comme lui, périt trois jours après, et montra beaucoup de courage (i).
Comment se comportèrent Nioche et Gauthierdes-Orcières dans la journée du 29 mai ?
Mandés en toute hâte au secours de la commune, ils étaient accourus de Ghambéry le 27, en avaient fait venir des troupes de renfort. Le bataillon du Mont-Blanc, cantonné à Bourg depuis le 9, en partit le 28 et combattit le 29, en s'indignant de la cruauté des sans-culottes à Tégard de leurs prisonniers (2).
Si Ton en croit leur protestation du 9 juin, Nioche et Gauthier n'agirent qu'en pacificateurs; ils ne craignirent pas « d'exposer leurs vies pour ramener l'union, l'ordre et la paix (3). » Bans un écrit qui lui est spécial, Gauthier se défendit encore au mois de juillet « d'avoir favorisé l'anarchie et les massacres de Lyon (4). »
Mais on sait que l'un et l'autre avaient à leur
(i) Quelques années de ma vie, par Alexandrine des Echerolles, t. i", p. 70. Ouvrage déjà cité, ch. III, VIII« Epoque.
(2) Déclaration de 140 ofHciers ou soldats ; Hist. de M. Guerre, déjà citée, pièce justificative n° 140.
(3) Précis des événements arrivés à Lyon le 2g mai \yg3... Document inséré dans Y Hist. de M. Guerre, pièce justificative n* 126. C'est Gauthier qui l'a rédigi à Grenoble, le 9 juin, et qui l'a signé tant pour lui que pour Nioche.
(4) Gauthier, représentant du peuple français près l'armée des Alpes, à ses Concitoyens... S. I. n. d. 8 p. in-8. — Ph. L, D.
Nous reviendrons sur ce document dans le chapitre V de la XI» Epoque.