CHAPITRE V
disposition un moyen certain de pacification et qu'ils ne remployèrent pas : c'était de suspendre la municipalité, comme le demandaient les sections. Cette mesure leur fut réclamée à diverses reprises dans la journée du 28 ; ils refusèrent constamment de la prendre ; et le sang qui coula le 29 ne put vaincre leur obstination. Pendant le combat, ils écrivirent aux ofiBciers municipaux d« Alontluel :
Citoyens,
Nous vous requérons, au nom de la patrie, de faire rendre la garde nationale de Montluel et toutes les forces militaires qui sont à votre réquisition , pour venir au secours de la ville de Lyon, où la représentation nationale est insultée. La guerre civile est allumée, et les patriotes se battent avec succès contre les révoltés. Hâte et diligence, ne perdez pas un instant. Signé : Gauthier (i).
Divers documents témoignent d'ailleurs que Gauthier jeta personnellement de l'huile sur le feu au Heu de l'éteindre. M. Guerre en a recueilli deux que nous lui empruntons.
Le premier nous montre Gauthier excitant les sans-culottes après le massacre du bataillon de Brutus sur la place des Terreaux.
A cet instant, dit le citoyen Berruyer, descendit de l'hôtel commun Gauthier, l'un des commissaires de la
11) Registre du Conseil ginéral permanent de l'Ain.
Convention, décoré, qui fit le tour de la place et leur dit: « Braves sans-culottes, nous voici dans un moment de « crise; nous aurons le dessus, tenons-nous fermes; si t l'on tire, soit canons, soit fusils, joignez-vous contre « les maisons , et couchez-vous à terre ; nous sommes f sûrs de la victoire. » Et au coin de la rue de la Cage, le citoyen Bertrand, le suivant, et délivrant des cartouches, s'écria : « Vivent les sans-culottes ! à ba* les musca- « dins et les permanents ! » Ce qui fut applaudi et répété par le commissaire, et applaudi unanimement... (i).
Ceci se passait vers deux heures. A six heures, d'après le second document, Gauthier donnait sur un autre point le signal de la bataille et dissimulait pendant le feu sa précieuse personne derrière une maison.
Cejourd'hui 3i mai 1793, s'est présenté Jean Millanois, âgé de 56 ans, logé quai Saint-Clair, n» 182; déclare que, mercredi 29 mai, à six heures du soir environ, il a vu un député de la Convention, décoré d'écharpe aux trois couleurs, franges d'or à son chapeau, en baudrier et en ceinture, qu'on lui a dit se nommer Gauthier, encourager et exciter par sa présence et par ses gestes, la force armée, notamment les dragons à cheval, les canonniers et le bataillon de Mont-Blanc, à faire feu sur les citoyens, et déclare qu'il a vu le premier feu fait en présence dudit Gauthier, qui était derrière la maison Oriol, côté du Nord ; il déclare que ce n'est qu'après cette première agression que les citoyens ont cherché à repousser la force par la force, en faisant eux-mêmes usage de leurs armes. Il dé-
\i) Pièce justificative n« i3a de VHiit. de M. Guerre, déjà citée.