‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 152 sur 275 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

contre la tyrannie du peuple, c^ était à leurs yeux le plus grand des crimes, tandis que s'insurger contre celle des rois, était le plus saint des devoirs.

Le Jura, d'oiinous vint le fédéralisme, en nourrissait la pensée depuis quelques mois. Le 17 janvier, dans une adresse à la Convention, le Conseil général de ce département s'était plaint de la lenteur du procès de Louis XVI, et avait ajouté ces mots : « Représentants, vous vous avilisse? dans un honteux tumulte... Paris est-il égaré ou coupable ? Osez le quitter ou le punir... Sauvez la République, ou bien les départements qui resteront les seuls centres de ralliement du peuple, se réuniront pour la sauver (i). »

Encouragée sans doute par la motion de Guadet du 18 mai, l'administration du Jura prit, le 24 du même mois, le parti de secouer le joug démagogique.

Le Conseil du département, dit-elle, péne'tré de l'affliction qu'éprouvent tous les vrais patriotes, en apprenant par chaque courrier le degré progressif d'avilissement et de servitude où la représentation nationale est réduite par une faction scélérate et des tribunes insolentes ;

Considérant que le mal est parvenu au point où il est nécessaire de prévenir la dissolution totale de la Convention; que les dangers imminents qu'elle court, ont été

(i) Page 75 des Souvenirs d'un octogénaire de province, par EiÉsiRÉ MoNNiKR. Lons-lc-Saunier 1871 un volume ia-8* de Syô pages.

2So DIXIÈME ÉPOQUE.

solennellement déclarés par son président, annoncés par tous les journalistes.

Considérant que les adresses énergiques et multipliées contre le parti désorganisateur ont été jusqu'ici sans succès ;

A résolu d'employer tous les moyens qui sont en son pouvoir pour maintenir la République une et indivisible, pour contribuer en cas de dissolution de la Convention par de criminels complots à son remplacement provisoire par les suppléants, et dans ce cas à mettre en action la souveraineté du peuple par le choix des membres d'une nouvelle Convention nationale ;

Arrête en conséquence que les suppléants de son ressort sorft requis, au nom du salut de la patrie, de se rendre à Bourges où ils seront accompagnés par une compagnie de grenadiers et un détachement de cavalerie nationale ; qu'il sera fait un appel à tous les départements de la République pour les engager à prendre la même mesure, pour sauver la patrie qui est dans les plus imminents périls (i).

Un historien jacobin du Jura n'a reproduit ce manifeste qu'en poussant les hauts cris : Cette délibération est une véritable déclaration de guerre, une provocation audacieuse à Vinsurrection, un monument d'illégalité, d'usurpation et d'anarchie [2) !

Ce n'est pas l'effet que cette pièce produisit sur

(0 Registre du Conseil général de l'Ain, où se trouve également transcrite l'adresse qui accompagnait la délibération.

(2) Antoine Sommier, Hi%t. de la Révolution dans le Jura. Paris, 1846, 460 p. — Page 170,

Page 1