‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 168 sur 275 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Lettre d'un prétendu marquis, compromettant le chirurgien Guinel et le procureur-syndic de Lilia; tribulations de ces deux patriotes bugistes. — Contre-coup de la proscription des Girondins. Le Directoire ds l'Ain prend leur parti et demande leur rappel ; arrêté du 6 juin 1793, signé par les futurs terroristes. — Proclamation de la ville de Bourg. — Autre proclamation de la ville de Belley. — L'agitation continue ; le Directoire de l'Ain s'assemble avec les délégués de districts et discute les mesures de salut public ; arrêté du i g juin.

Un incident singulier qui concerne deux Bugistes se passa dans les premiers Jours de juin ; nous allons le narrer avant de dire comment la chute des Girondins fut accueillie dans notre département.

Le lendemain de Tarrestation du monstre lyonnais Ghalier, la poste intercepta une lettre qui lui était adressée d'Oberstadpar le marquis de S^ V... La voici telle qu'elle est rapportée, sous le n° cxxxiv des pièces justificatives, dans le livre rarissime de M. Guerre :

Lettre adressée à Chalier d'Oberstad, le 22 mai ijgS., timbrée de Reinhaiisen, taxée 20 sols., et arrivée le lendemain de l'arrestation de Chalier.

Je n'ai rien de plus pressé, Monsieur et ami, que de venir vous faire part de l'affaire que nous avons eue devant

3o8 ^ ONZIÈME ÉPOQUE.

Landau. Elle a eu pour nous tout le succès que nous pouvions en espérer, quoiqu'ils eussent bien pris leurs dispositions pour nous battre. Ils avoient surpris nos avant-postes, et pris quatre pièces de canon, avant que l'armée le sçût. Mais aussitôt l'alarme a été répandue dans tous les cantonnements, et nous sommes marché'^ sur eux, où nous les avons repoussés vivement, en leur reprenant nos canons et deux des leurs. Nous avons perdu cinq cents hommes, et eux cinq mille. Dauphincavalerie a été entièrement défait, ainsi que Royal ; la déroute a été si complète qu'ils n'ont jamais pu se rallier. Le lendemain, les Micolovistes ont fouillé les bois ; ils en ont ramassé deux cent cinquante que l'on a amenés au quartier-général, à Spire. Toute -leur armée étoit si dispersée, qu'ils n'ont pu se rallier que le lendemain. Nous avons resté sur le champ de bataille jusqu'à huit heures du soir, croyant toujours qu'ils reviendroient reprendre leur revanche ; mais comme des hommes libres, ils ont cherché leur salut dans la fuite : vaincre ou courir. . Comme je suis impartial, j'ai voulu vous faire part sur le champ de cette affaire, connoissant leur manière de dire sur leurs papiers afin d'induire le peuple en erreur ; vous pourrez compter sur la vérité du fait. Je vous prierois d'en faire part à nos amis, surtout au chirurgien Guinet, de Nantua, de même qu'à son ami Lilia , procureursyndic , afin que cela les mette dans le cas de toujours bien servir la bonne cause; les Princes sauront un jour les en récompenser, ainsi que vous, mon cher ami. Tâchez toujours de vous couvrir du voile du patriotisme, pour mieux nous servir. Votre projet a été fort goûté du Prince, au sujet de ce que vous savez : si cela réussit, nous serons trop heureux de pouvoir trouver un honnête homme comme vous. Engagez les deux personnes que

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