CHAPITRE II. 3l
Oui, citoyens, trêve aux soupçons, trêve aux haines, trêve aux calomnies et aux de'fiances. Surveillance et fraternité. La patrie attaquée de toute part nous l'ordonne, pressons-nous contre son sein ; oublions tout autre intérêt que celuy de notre mère commune ; respectons les loix, les personnes et les propriétés ; payons les impositions ; formons entre nous un concours réciproque, unanime et général ,et disons hardiment : La République est sauvée! (i).
Ils se moquaient un peu du public, ces onctueux municipaux, qui parlaient du respect des personnes, en tenant sous les verroux les gens qui ne pensaient pas comme eux.
La ville de Belley ne fat pis moins effrayée que celle de Bourg. Les administrateurs du district, avec le concours des officiers municipaux et des magistrats, publièrent, le 1 3 juin, la proclamation suivante :
Un grand attentat a été commis à Paris le a juin ; une faction liberticide en a égaré les citoyens, et a occasionné un mouvement, à la suite duquel trente-deux membres de la Convention nationale ont été mis en état d'arrestation, sans qu'aucun grief précis ait été articulé contre eux, sans que le décret d'accusation ait été porté, et au mépris des formes déterminées parla loi.
Une nouvelle aussi inattendue a pénétré de douleur tous
r i^i^ Registre de la commune de Bourg.
3l8 ONZIÈME ÉPOQUE.
ceux qui aiment la patrie ; et, dans ce moment, tous les départemens, toutes les autorités constituées délibèrent sur les moyens de sauver la chose publique attaquée dans ses premiers élémens.
Citoyens, dans une crise aussi violente, vos administrateurs n'ont pas oublié leurs devoirs ; non-seulement ils se sont réunis en conseil général, mais leur sollicitude a convoqué à une assemblée extraordinaire le corps municipal du chef-lieu, le conseil général de la commune, le tribunal civil, les juges de paix, le bureau de conciliation, tous ceux enfin qui jusqu'ici ont obtenu notre confiance ; et, après la discussion la plus approfondie, il a été proposé au département de prendre des mesures telles, qu'elles puissent faire rendre aux Représentans du peuple leur liberté qui est le bien de tous, et apprendre aux malveillans que les Français sont toujours prêts à soutenir leurs droits, de quelque côté qu'ils soient attaqués.
Suivent un appel à la concorde et une peinture des bienfaits de la Révolution. Cette peinture est trop singulière pour n'être pas reproduite :
Citoyens, vous goûtez depuis trois ans tous les bienfaits des nouvelles loix ; l'agriculture a pris un grand essor ; l'abondance règne dans vos maisons ; depuis que vous n'avez plus de seigneurs, vous n'avez plus de mendians ; et, dans le même temps^ la guerre civile a désolé plusieurs départemens^ les champs ont été ravagés^ des époux et des pères ont péri, et le sang français,a été versé par les armes françaises ( i ) .
(i) Le Conseil général du district et les autorités constituées de la ville de Belley réunit au comité de salut public, AUX CITOYENS. Belley, 1793, affiche signée Dor, président, et Brillât, secrétaire. — Ph. L. D.