CHAPITRE III
Cette démarche, qui pouvait autoriser le public à se défier de ses administrateurs, donna l'idée à Tun d'eux (J.-M. Grumet de prendre énergiquement la défense du Directoire. Dans un grand rapport, très lucide, très véridique, il retraça tous les faits et gestes de Tadministration depuis le 27 mai -, et dans sa conclusion, après avoir repoussé l'imputation de fédéralisme, il soutint avec chaleur et conviction, le principe de résistance à VoppreS' sion, qui devint la devise des Lyonnais (1) :
Rejetez loin de vous, Citoyens, ces soupçons vagues de fe'déralisme qu'on voudroit vous inspirer contre nous. Le fédéralisme est la scission de la République en plusieurs souverainetés distinctes, n'ayant de liens communs que ppurla défense de toutes, et pour quelques autres objets d'intérêt général et politique. Qu'avons-nous dit, qu'avons-nous fait qui n'eût l'unité souveraine pour objet 1
C'est uniquement pour prévenir la scission que nous avons communiqué par députés avec les départemens circonvoisins : dans toutes les mesures proposées, nous n'avons donné notre adhésion que sous la condition expresse ^t<'e//e5 seroient prises d'un commun accord avec tous les autres départemens, par le vœu général du peuple français; si c'est là le fédéralisme qu'on nous impute, nous en faisons gloire ; c'est le fédéralisme universel,
(i) Le droit de résistance à l'oppression fut inscrit dans la Constitution de 1793 (art.ixxiiide la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen); mais on sait que cette Constitution, ratifiée par le peuple, ne fut jamais mise en vigueur. La Convention, sur la proposition de Saint-Just, avait décidé au mois d'août que le gouvernement serait révolutionnaire jusqu'à h. paix.
qui constitue, qui garantit l'unité, l'indivisibilité de la République.
Plaignons l'erreur de ceux de nos frères qui ne voient que des traîtres, des fourbes, des ennemis de la République, dans les improbateurs des derniers outrages faits à la représentation nationale.
Quoi ! quarante-un départemens dont nous avons les arrêtés sous les yeux, indépendamment de ceux qui ne nous ont pas fait parvenir les leurs! Quoi! les sections de la France les plus distinguées par leurs efforts pour l'établissement de la liberté et de l'unité, aproient abjuré toutà-coup de si nobles sentimens pour servir lâchement le fédéralisme, l'aristocratie ou la tyrannie ! C'en est donc fait, la République est donc perdue, ou du moins la voilà livrée à toutes les horreurs de la guerre civile ? Loin de nous une aussi cruelle perspective : croyons, croyons fermement que le peuple français veut la liberté, qu'il veut l'unité, et que s'il marche en ce moment de trouble par des voies différentes, toutes tendent à ce même but, le rétablissement d'une représentation nationale libre et entière et la résistance à l'oppression.
Vous n'ignorez pas. Citoyens, qu'il n'est point de vraie liberté sans le droit de résister à l'oppression.
C'est par ce droit imprescriptible que le peuple français s'est délivré de la tyrannie sous laquelle il gémissoit depuis tant de siècles : c'est par ce droit sacré que Paris, donnant l'exemple au reste de la France, nous a conduits, de révolution en révolution, à l'état de pui^e démocratie où la nouvelle constitution va sans doute nous fixer : enfin, c'est par ce même droit que, si vos représentans, vos ministres, vos administrateurs, vos juges, vos généraux, ou tous autres suppôts de l'autorité, tentoient d'exercer sur