‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 183 sur 275 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

vous un pouvoir arbitraire et vexatoire, vous opposeriez la force à la force.

Tel est le droit de re'sister à l'oppression, consigné dans la nouvelle constitution comme dans la première : c'est la dernière sauvegarde de la liberté.

Ce seroit vous trahir lâchement, ce seroit nous dégrader nous-mêmes, que de renoncer h ce droit naturel de l'homme au moment où les discordes publiques et les dangers de toute espèce nous environnent. Celui qui croit ne pouvoir résister seul, appelle ses voisins à son secours, celui qui voit opprimer ses voisins, accourt à leur aide : rien en cela que de sage et légitime.

Eh bien ! Citoyens, nos voisins se sont crus menacés par des commissaires, qui appeloient contre eux la force armée avant d'avoir essayé les voies de conférence pacifique qui leur étoient offertes. Ces loyaux voisins ont réclamé des secours : aussitôt les citoyens de Bourg ont tous voulu voler à Lons-le-Saunier, et plusieurs communes limitrophes du Jura montroient la même disposition. Heureusement l'appareil de la force a été déployé sans en faire usage...

Voilà, Citoyens, quels sont et quels seront toujours nos sentimens dans les crises même les plus orageuses... (i).

L'impression et la publicité de ce rapport furent votées avec enthousiasme dans la séance du lo juillet par les administrateurs du département, par les membres du conseil général et par trente-trois députés de districts ou de cantons. Les citoyens

(i) Compte rendu aux citoyens par les aiministrateurs du département de l'Ain, de leur conduite civique depuis le 27 mai l'^gS, an 2 dt la République. Boiirg. 1793, 26 p. ia-4». — Ph. L. D.

Peysson et Duhamel donnèrent aussi leur signature ; mais il est à croire que ce ne fut pas de bonne grâce. Quelques jours après, le rapport fut envoyé à la Convention, au comité de salut public et au ministre de Tintérieur : le Directoire tenait à démentir les journaux qui classaient TAin parmi les départements insurgés.

Le rapport de l'abbé Grumet vient de nous apprendre que le Jura se pacifia sans coup férir. II nous reste à dire comment les volontaires bressans furent accueillis par les Comtois et quelle ovation leur fut faite à leur retour.

Si Ton en croit un historien montagnard, « ils entrèrent à Lons-le-Saunier en chantant : A la guillotine Marat ! On les accueillit avec des transports de joie ; on dansa des farandoles sur la place. Les chants de mort retentirent, car ils venaient pour extermine}^ les anarchistes. Ce sont les expressions dont se servit le chef de ce détachement (le citoyen Julliard) dans un discours qu'il adressa aux administrateurs, et que ceux-ci firent imprimer (i). »

Nous passons sur l'exagération de ces lignes ; mais nous ne reproduirons pas le récit du retour par Blanq-Desisles, sans contredire ses assertions en ce qui le touche.

(0 Hist. de la Révolution dans le Jura, par Antoine Sommier, p. 206.

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