‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 184 sur 275 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le détachement revint du Jura, dit-il, où les meneurs avoient insulté la représentation nationale dans Bassal et Garnier. Il revint ce détachement (3o juin), ayant un administrateur du Jura à sa tête et une quarantaine de cavaliers connus au Jura sous le nom de plumets rouges. Ils portoient une figure de bois au bout d'une pique, qu'ils avoient qualifiée de tête de Marat. Ils entonnoient des chansons contre-révolutionnaires fabriquées à Lons-le- Saunier ; les autorités constituées furent au-devant, embrassèrent l'administrateur qui péroroit à outrance contre Marat et la Montagne ; et moi, les deux bras croisés, je regardois ce perfide et lui faisois baisser la vue malgré son audace. Sûrement, vils calomniateurs, j'avois mis mon écharpe; on me menaçoit de me faire brûler la tête de Marat ; on avoit écrit une lettre aux sections contre nous, dans laquelle on nous menaçoit. Mon écharpe étoit ma sauvegarde et je voulois périr avec elle plutôt que de brûler la tête de ce martyr de la liberté. J'avois trop souffert pour lui et par vous pour ne pas l'aimer. Ce fut le prêtre Barqtiet^ perfide imposteur, qui fit un discours infâme au faubourg du Jura et sur la place. Mes lèvres, qui ne se meuvent que pour la liberté et l'égalité, n'ont pas proféré une seule parole, et ne se sont pas appliquées sur les lèvres impures de l'administrateur du Jura, comme Tardj- et Pages en donnèrent l'exemple. Je fus obligé de me réfugier chez Merle, accusateur public. Je n'avois plus de sang dans les veinés, je souffrois tous les maux. On me poursuivoit avec les cris : A la guillotine Desisles ! On se jeta dans mon magasin (i) ; on vouloit le piller ; on me cherchoit, ainsi que deux ou trois de mes collègues, pour nous faire brûler la tète. Et vous osez dire que j'ai

1 1) Actuellemenî imprimerie du Courrier de l'Ain.

tenu des discours au faubourg et sur le balcon, que j'ai chanté : A la guillotine Marat ? O perfidie des plus noires ! assassinez-moi plutôt que de me calomnier aussi odieusement (i) !...

Complétons d'abord ce récit, en ajoutant que la tête de Marat fut apportée de Lons-le-Saunier par un garçon vitrier, fut promen ée dans Bourg au bout d'une pique par le sellier Bayet, escorté de deux plumets rouges^ et fut réellement brûlée sur la place d'Armes avec chants et farandoles (2) ; il sera question plus tard de cet outrage fait à VAmi du peuple (ch. V de la XIIP Époque, tome IV). Et maintenant examinons le rôle de Blanq-Desisles.

Le fait qu'il repousse comme une calomnie dans son factum de fructidor an II, est consigné comme véridique dans trois écrits : deux antérieurs et le troisième postérieur à son factum.

1° 4 prairial an IL — La municipalité de Bourg, au retour du détachement, va encore à sa rencontre. Désistes^ revêtu de son écharpe, porte deux fois la parole : l'une au faubourg du Jura, et l'autre au balcon de la commune ; ses complimens finissent par la chanson : A la guillotine Marat (3) .'

/ (i) Vie révolutionnaire de Blanq-Desisles depuis ij8g.... suivie de la k«^ Lettre de la citoyenne Hurville, belle-mère de Désistes... du 1 2 fructidor

an II. 3o p. iii-8. — C" D.

J^ (2) Lettre de Rollet-Marat, registre du Directoire du district, p. 104. ■ (3) Aux Représentans du peuple composant le comité de salut public. |

On lit à la fin : suit un grand nombre de signatures. 24 p. in-8. — I Ph. L. D.

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