CHAPITRE m
2«. — 4 thermidor an IL — Et toi, Desisles, réponds ; n'as-tu pas été, en écharpe, à la rencontre du détachement armé à son retour du Jura? Ne l'as-tu pas complimenté deux fois, l'une au faubourg et l'autre au balcon de la commune? Tes complimens ne finissoient-ils pas par entonner la chanson : A la guillotine Marat? Diras- tu aussi que tu n'étois pas libre ? Eh bien, j'ai encore, pour te confondre, l'arrêté du Conseil général de la commune de Bourg, du 26 juin, arrêté que tu as souscrit. Il porte désignation de quatre officiers municipaux, pour aller audevant de la force armée; tu n'es pas du nombre (i) ; tu marches de ton propre mouvement ; tu fais plus, tu portes la parole. Vils intrigans ! vous étiez donc libres lorsque vous insultiez à la représentation nationale, lorsque vous étiez les principaux agens du fédérahsme (2) !
3». — 4 vendémiaire an III. — Le détachement ne tarde pas à rentrer dans ses foyers. A son retour, Desisles et Rollet, revêtus de l'écharpe municipale, vont encore à sa rencontre. Desisles porte deux fois la parole, l'une au faubourg du Jura, l'autre au balcon de la commune, et ses complimens finissent chaque fois par la chanson : A la guillotine Marat (3) !
Ces témoignages, dont deux émanent de nombreux citoyens, nous inspirent plus de confiance que l'audacieuse dénégation de Tex-comédien.
(i) Détails parfaitement exacts. D'après le registre municipal, la députation était composée des citoyens Rollet, Bonnet, Barquet et Bottier.
(2) Gauthier, représentant du peuple à la Convention nationale, aux sitciélés populaires et à tous les républicains français sur la dénoncation faite contre lui à la Société des Jacobins de Paris. 28 p. ia-8. — Ph. L. D.
(3) Tableau analytique des manœuvres et des crimes des principaux ii'.trigans de la commune de Bourg. 44 p. in-8. — Ph. L. D.
D'ailleurs qu'il ait ou qu'il n'ait pas pris la parole, ne fut-il pas présent avec son écharpe et sans y être obligé ? Les mauvais traitements dont il se plaint prouvent-ils son attitude hostile ? Ne prouvent-ils pas plutôt qu'on fut indigné de le voir, lui naguère montagnard, prendre le masque du fédéralisme ? Comment croire à son attachement inébranlable à Marat ? Peu de jours avant, il avait signé des arrêtés fédéralistes, et nous verrons dans quelques mois que sa participation au fédéralisme fut un des principaux motifs de son incarcération par Gouly.