CHAPITRE IV
Inauguration du temple de la Liberté à Belley, 26 juin ijgS ; discours de Brillât-Savarin. — Disette far suite du maximum, arrêté du Directoire de FAin. du 7 juillet. — Révolution municipale à Bourg ; les deux sections renouvellent la municipalité pour en éliminer les dé» magogues ; plusieurs des évincés se plaignent ; le citoyen Reydellet publie une protestation ; les sections la réfutent en exposant comment ils ont perdu la confiance de leurs concitoyens. — La constitution de ijgS, sa défense par l'un des administrateurs de l'Ain, sa publication solennelle à Bourg, le 14 juillet. — Meurtre de Marat par Charlotte Corday ; belles strophes d'André Chénier ; supplice de Charlotte Corday, apothéose de Marat.
Dans le chapitre précédent, notre attention s'est exclusivement portée sur la politique de Tadministration centrale de l'Ain. Revenons un peu sur nos pas.
Le 26 juin 1793, la ville de Belley inaugura son temple de la Liberté. Un discours fut prononcé. L" orateur ne toucha pas aux questions brûlantes du moment ; mais cet orateur était Brillât-Savarin, et, soit dans son éloge un peu risqué de l'éducation philosophique du peuple, soit dans ses définitions très justes de la liberté et de Tégalité, on reconnaît la plume élégante qui devait écrire la Physiologie du Goût :
Bientôt la philosophie vint présenter au peuple le
miroir de la vérité ; il connut son état, et un simple acte de sa volonté suffit pour briser les fers dont il s'était laissé insensiblement accabler.
Il voulut, et le préjugé de la naissance ne fut plus qu'une chimère.
Il voulut, et le mérite vit s'abaisser devant lui les bannières que la vérité opposait à son élévation.
Il voulut, et on oublia jusqu'au nom des tributs odieux que nos champs payaient à l'ignorance, à la violence ou à la superstition.
Alors vous eussiez vu, citoyens, le torrent irrésistible de l'opinion rouler pêle-mêle dans le gouffre de l'oubli, des parchemins, des crosses, des mitres, des cordons, des terriers, enfin les débris de toutes les inventions des fourbes et des ambitieux pour opprimer leurs frères. Vous eussiez vu l'orgueil désespéré pleurer sur les ruines de son temple écroulé, tandis que d'un autre côté la Liberté, belle et pure comme le ciel dont elle est fille, s'élevait majestueusement...
La Liberté ! que ce mot est harmonieux, Citoyens, pour des oreilles françaises 1
La Liberté, ce mot tant de fois répété et si souvent mal compris, est le droit de faire tout ce que la loi permet, et le devoir d'éviter tout ce que la loi défend.
Celui-là ne serait pas libre dans l'état social, qui pourrait toiit faire au gré de son caprice ; car son voisin, qui aurait le même droit, pourraitavoir une volonté opposée ; et en ne supposant même que deux hommes dans le monde, voilà le désordre ou la guerre...
La Liberté, Citoyens, eut pour fille l'Egalité ; elle est sa compagne inséparable et son principal soutien.
Et ne croyez pas que par l'Egalité on puisse entendre