CHAPITRE IV
Téquilibre parfait des biens, des fortunes, des facultés physiques et morales ; une telle égalité' n'est pas dans la nature. L'Auteur de tout ce qui existe se plaît à répartir inégalement ses dons ; et chacun de nous apporte en naissant le germe des passions ou des vertus qui doivent dans la suite lui donner pour résultat une somme différente de force ou de faiblesse, d'obscurité ou de gloire, de malheur ou de prospérité.
La véritable égalité est celle des droits et des devoirs.
Les hommes sont égaux quand ils peuvent prétendre également aux récompenses créées par le pacte social.
Ils sont égaux, quand les contributions publiques sont réparties sur toutes les propriétés sans distinction.
Ils sont égaux, quand chacun n'a pour titre à la munificence nationale que ses vertus et le bien qu'il a pu faire, et qu'aucun préjugé antérieur à sa naissance ne facilite ou n'empêche son avancement.
Ils sont égaux enfin, quand la hache des lois est suspendue à égale hauteur sur toutes les têtes, et que la vengeance sociale menace indistinctement tous ceux qui voudraient attenter aux droits des citoyens.
Tels sont, frères et amis, les vrais caractères de la Liberté et de l'Egalité ; tel est l'ordre de choses que vous avez juré de défendre.
Mais il ne suffit pas que de saintes insurrections aient assuré vos droits, il faut encore que des sentimens durables vous les garantissent.
Vous serez libres et égaux, Citoyens, quand le pacte social sera fondé sur l'union intime des individus.
Vous serez libres et égaux, quand les propriétés seront tellement respectées que chaque citoyen défende celles de son voisin avec autant d'intérêt que les siennes.
Vous serez libres et égaux, quand la moindre atteinte portée à la liberté du plus pauvre d'entre nous sera une calamité publique, et que chacun se croira attaqué dans tout ce qu'il a de plus cher.
Vous serez libres et égaux, quand l'esprit public aura vaincu l'égoïsme, ce monstre hideux qui isole l'homme et dessèche son âme.
Vous serez véritablement libres et égaux, quand vous aurez des moeurs pures ; car les mœurs sont la pierre angulaire sur laquelle reposent toutes les institutions sociales, et sans la vertu il n'est rien de durable parmi les hommes (i)...
Tandis q.ue Brillât-Savarin prononçait ce discours platonique, les craintes de la disette s'ajoutaient à celles de l'anarchie ; non pas que la récolte eût manqué, mais par suite de la loi du maximum (4 mai 1793).
Tous les blés restaient sur les greniers des producteurs ou étoient dirigés sur les départements qui n'avaient pas encore appliqué la loi, de telle sorte que les marchés de Bourg, Pont-de-Vaux, Montluel, Ambérieu, Nantua, etc., n'étaient plus approvisionnés. L'administration centrale fut accablée de réclamations ; non-seulement les directoires des districts se plaignirent, mais les commu-
(i) Discours prononcé au temple de la Liberté, lors de son inauguration, f par le citoyen J. A. BRivLAr-SAXAmti, Président de la Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité de Belley, le 26 juin lyqS, l'an H de la République. Belley, 1793, 16 p. in-S, — Ph. L. D.