CHAPITRE V
avec des observations en marge, pour être distribuée partout où besoin sera.
Voici quelques-unes de ces observations marginales, signées: K.\mbxi:d^ président^ Gras, Prost, Meynis, FiGUREY, Secrétaires :
Un Dubois, qui a organisé l'anarchie dans nos murs, qui a cherché dans des magistrats sanguinaires les dignes instruments de ses horribles projets, qui a provoqué le meurtre, l'oppression, le brigandage ; un Gauthier qui a été le témoin, l'ordonnateur, l'exécuteur des massacres du 29 mai, ont-ils bien osé rappeler des événements qui suspendent sur leurs têtes les vengeances des lois ?...
De quel front Dubois et Gauthier osent-ils se plaindre d'arrestations arbitraires, tandis que les cachots du département de l'Isère regorgent de pères de famille, de femmes, de citoyens vertueux, d'administrateurs irréprochables qu'ils retiennent arbitrairement depuis deux mois, sans dénonciation, sans accusation et sans motifs; — tandis que des listes de proscription éloignent de ce département une foule d'innocents, dont quelques-uns n'ont d'autre crime à expier que celui d'être nés dans une caste il laquelle Dubois de Crancé et Gauthier-des-Orcières ont voulu appartenir par toutes sortes de moyens ?...
Gauthier n'a-t-il pas souffert que, sous ses yeux, des magistrats prévaricateurs fissent verser le sang de leurs concitoyens? Ne lesa-t-il pas excités par ses conseils ? N'a-t-il pas présidé à l'exécution de ces assassinats ? Son nom de Gauthier n'était-il pas le mot de ralliement des assassins ? Et ces deux scélérats vantent impudemment la pureté de leurs intentions, leur amour pour la liberté, leur respect pour les lois ! Ils sont membres de cette association sacri-
lége qui, sous le titre de Jacobins, dicte impérieusement des lois à la République; et ils osent affirmer qu'ils n'ont trempé dans aucune faction, dans aucun complot ! Quelle audace (i) !
On se souvient que le Directoire de TAin avait publié (voir ch. m ci-dessus) un compte-rendu de sa conduite et que ce document, rédigé par Tabbé J. M. Grumet, soutenait le droit de résistance à l'oppression. Les Jacobins de Bourg ne manquèrent pas de signaler le rédacteur aux représentants du peuple près de l'armée des Alpes.
Dans la nuit du 19 au 20 juillet, un courrier apporta de Grenoble un arrêté de Dubois-Crancé, Nioche et Gauthier, daté du 18, ordonnant que le citoyen Grumet serait suspendu de toutes fonctions d'administrateur.
L'abbé Grumet accepta sa disgrâce sans réclamation ; mais les membres du Directoire prirent fait et cause par leur collègue et chargèrent le viceprésident Tardy de porter à Grenoble sa justification. Gauthier comprenant qu'il avait fait fausse roule, s'empressa d'expédier un arrêté du 23, révoquant celui du 18 (2).
La Convention avait agi habilement en votant au pas de course une constitution républicaine.
(i) Balleydier, Hist. du peuple de Lyon, t. III, p. lxvi. (2) Registre du Directoire de l'Ain.