CHAPITRE V. 36q
Ce nouveau pacte social n'était qu'un leurre, puisqu'il resta lettre morte après sa ridicule inauguration du 10 août ; mais ses belles promesses avaient fait oublier la proscription des Girondins et avaient rallié les départements ; le tour était joué.
Le Doubs et le Jura s'étaient laissés prendre avant nous à l'annonce de cette constitution illusoire.
Deux commissaires du Doubs se présentèrent le 18 juillet devant le Directoire de TAin et annoncèrent « qu'ils étoient députés près l'administration de Rhône-et-Loire à l'effet d'engager cette administration à reconnoître la Convention actuelle, à proposer l'acte constitutionnel à l'acceptation du peuple de son ressort, seuls moyens de prévenir une scission et les malheurs qui pourroient être la suite d'une détermination contraire. » Ils ajoutèrent que le département du Jura avait adopté la même mesure, et proposèrent à l'assemblée de nommer deux commissaires qui se réuniraient à eux et à ceux nommés par le Jura pour remplir cette importante mission.
Le conseil du département de l'Ain, « considérant que la Convention nationale est le seul centre d'unité de la République et qu'une constitution est le moyen le plus prompt et le plus sûr pour rétablir la paix et la tranquillité, qu'aussitôt qu'il a eu connoissance de l'acte constitutionnel, il
s'est empressé de le soumettre à Facceptation du peuple, » nomma les deux commissaires demandés, qui furent les citoyens Balleydier et Perret (1).
Les charmes de la Constitution et Pexemple du Doubs et du Jura ne furent pas les seules causes de notre ralliement. Le tout-puissant Gauthier employa un argument irrésistible, qu'il avoue luimême dans son factum du 4 thermidor an II : « Je suis forcé d'envoyer dans la ville où je pris naissance, un bataillon que je détachai de Parmée des Alpes, avec Vordre exprès de s'y conduire comme dans une ville rebelle, et de ne déférer aux réquisitions d'aucunes autorités constituées (2). »
Ainsi commença le mouvement de conversion que le Directoire de TAin acheva le 25 juillet. Ce jour-là, « sur la réquisition ybrwe//<? du procureurgénérai-syndic, » il déclara solennellement, pour se conformer à la loi du 26 juin, qu'il rétractait « tous arrêtés, adresses, lettres, compte-rendu et autres actes, » émanés de lui-même ou de ses membres depuis le 26 mai, en ce qu'ils pourraient avoir de contraire à l'unité de la République.
Le procureur-général-syndic mit à profit cette
(i) Registre du Directoire de l'Ain.
(2) Gauthier, représentant du peuple à la Convention nationale, aux sociétés populaires et à tous les républicains français sur la dénonciation faite contre lui à la Société desJacobins de Paris, le 27 messidor. S. 1. n. d. 28 p. in-8.— Pli. L. D.