CHAPITRE V
nouvelle situation pour faire rentrer à la municipalité de Bourg son frère Duhamel et ses compagnons d'infortune. Le directoire céda le 29 juillet, mais il ne voulut pas délivrer aux réintégrés un brevet de bonne administration. Ceux-ci firent des façons pour reprendre l'écharpe municipale. Il fallut que les représentants du peuple, Claude Javogues et Sébastien de la Porte, leur donnassent pleine satisfaction ; leur arrêté, lu à la séance du 5 août, portait en effet : « Les réintégrés sont seuls capables de donner une direction utile au cours des affaires dans les circonstances où, Von se trouve, w Cette phrase (i), désobligeante pour le reste de la municipalité, souleva une tempête dont le maire donna lui-même le signal. Les « seuls capables » se défendirent comme ils purent, et finalement ils se décorèrent des marques distinctives de leurs fonctions, non sans avoir avalé quelques couleuvres, mais pour eux ce n'était pas payer trop cher Favantage de reconquérir leur influence sur la direction de la ville.
A cette occasion, Tun des réintégrés, le procureur Reydellet, qui avait piteusement déploré son éviction, releva la tête, et, reprenant Tattitude d'urr sans-culotte, attaqua violemment le rapport des sections cité au précédent chapitre ; mais son long
(i) Elle fut retirée par les représentants; leur lettre datée de Mâcon, 7 août, est jointe au registre municipal.
factum contient plus de grands mots que de bonnes raisons ; on peut en juger par le ton déclamatoire, qui est ordinairement Pindice d'une mauvaise cause ; en voici le début :
Citoyens,
Le jour de justice est donc arrivé. Une cabale inouïe "m'avoit aussi injustement qu'illégalement arraché à des fonctions que la confiance m'avoit attribuées ; il est bien doux pour moi de m'y voir rappelé par la loi même.
J'ai résisté de toutes mes forces à cet acte d'une injustice aussi criante et d'une infraction aussi formelle à des loix que nous avons tous juré de maintenir. Je crois, citoyens, vous devoir à cet égard des détails sur ma conduite.
Fondé sur ce principe reçu de tout le monde qu'un fonctionnaire public ne peut être enlevé à son poste que par la mort, une démission volontaire ou un jugement solennel (i), je me suis toujours regardé comme investi de l'autorité qu'on m'avoit déléguée ; et si des circonstances impérieuses ne m'ont pas permis de veiller extérieurement aux intérêts de cette commune, ma sollicitude, quoique intérieure, n'en a pas moins été aussi active que réelle (2).
Arrêtons-nous à cette gasconnade. Il raconte ensuite à sa manière le retour du Jura déjà connu de nos lecteurs (Ch. m de la XP époque,; et entre
(i) Voilà un principe qui ne gêne guère les mesuras de 1^ troisième république.
(2) Réflexions que Charles-Marie-Nicolas Reydellet, procureur de la commune de Bourg, soumet à ses concitoyens, sur un écit intitulé : Rapport sur les principaux motifs qui ont déterminé Ia commune DE Bourg a réorganiser son Conseil général. Bourg, Philipon, sans date (du 4 au 10 août 179?), 12 p. in-4°. — Recueil- Vezu, C^» D.