CHAPITRE V
sur sa conduite dans de verbeux détails, qui se terminent par l'aveu de l'obligation où il a été d'abdiquer ses fonctions de procureur de la commune au moment même où il les reprenait.
La Convention avait une peur affreuse que Lyon ne devînt le foyer d'une contre-révolution générale et qu'un nouveau gouvernement ne s'établît dans ses murs avec Louis XVII pour roi et Marie- Antoinette pour régente.
De là ses deux décrets du 12 juillet : l'un prescrivant de réduire cette ville par la force et déclarant ses administrateurs traîtres à la patrie; l'autre félicitant le département de Saône-et- Loire de ce qu'il avait arrêté mille fusils destinés aux rebelles du midi, et nommant commissaires de ce département et de ceux du Rhône-et-Loire et de l'Ain les citoyens Reverchon et Laporte. — Remarquons, en passant, le luxe de proconsuls dont notre département était gratifié ; nous en avions huit à la fois : Albitte, Gauthier, Nioche, Dubois- Grancé, Bassal, Bernard, Reverchon et Laporte.
De là aussi cette lettre violente et peu connue du président de la Convention :
Copie d'une lettre datée de Paris, le 21 juîllet 1793, l'an II de la République, écrite par Danton, :'résident de la Cokvention nationale, a Dubois de
374 onzième époque,
Crancé^ et trouvée a Grenoble dans un portefeuille
PERDU par ce dernier.
Cher citoyen, la fameuse journée du lo août s'approche : il est temps enfin de frapper le grand coup ; il faut que la sainte montagne triomphe ; n'e'pargne rien, je t'en conjure ; tu sais que le département de Rhône-et-Loire, et notamment la ville de Lyon, qui est une des plus importantes par ses richesses et sa population, entre pour beaucoup dans le grand et fameux projet dont tu as une entière et parfaite connaissance. Emploie donc les plus grandes mesures, que dis-je ! toutes les forces qui sont en ton pouvoir, pour asservir les Lyonnais rebelles, dussionsnous même abandonner le Mont-Blanc au tyran sarde ; peu nous importe ; les Savoisiens fussent-ils enchaînés deux à deux, point de considération, point de demimesure, il est temps que nous régnions.
Il faut cerner de toutes parts la ville de Lyon, lui ôter tous les moyens de subsistance; que les citoyens orgueilleux de cette ville rebelle, ainsi que toutes les villes quelconques, tombent enfin à nos pieds : si, contre toute atteflte, tu ne pouvais réduire cette ville par la famine, il faudra pour lors l'assiéger sans miséricorde, et même, s'il le faut, la réduire en cendres.
Si les cultivateurs crient et demandent où ils iront vendre leurs denrées, dis-leur qu'ils aillent à Constantinople s'ils veulent. Distribue à force des assignats, ne les compte pas : tout se trouvera à la fin (i).
On voit que c'était un parti pris, La Convention tenait à combattre les rebelles, à s'emparer de
(0 Cette lettre est donnée comme authentique par les Archives histori. ques du Rhône, année 1825, p, 239.