CHAPITRE PREMIER Sqq
votre soumission et le sacrifice des conspirateurs qui vous en ont si longtemps imposé.
Pour abréger les propositions, car nous vous l'avons dit, il nous faut une réponse dans une heure : voici les conditions que nous mettons à l'admission fraternelle des troupes de la République dans Lyon.
Art. I. — Aucune hostilité apparente; tout citoyen qui paraîtra en armes, soit dans les rues soit aux fenêtres, sera traité en rebelle.
Art. II. — Toute autorité civile ou militaire cesse dans Lyon ; les représentants du peuple y pourvoiront.
Art. III. — La remise de l'arsenal et de tous les moyens de défense à l'avant-garde que le général enverra.
Art. IV. — Indemnité pour les frais de l'expédition, et gratification aux soldats de la République qui protègent la paix intérieure et extérieure dans l'armée des Alpes.
Art. V. — Reconnaître et assurer l'exécution des décrets de la Convention nationale rendus avant et depuis le 3i mai dernier.
A ces conditions, les représentants du peuple promettent aux habitants de Lyon paix et fraternité ; et ils ont l'assurance du général et le serment des troupes qu'il ne sera fait dommage à aucun citoyen, ni dans sa personne ni dans ses propriétés.
Si une de ces conditions était refusée, les représentants du peuple déclarent qu'ils mettent sous la responsabilité collective des citoyens de Lyon tous les maux qui peuvent en résulter, et d'avance ils déclarent rebelle et traître à la patrie, avec entière confiscation des biens au profit de la nation, tout individu, dont le fils ou le commis ou même le serviteur ou ouvrier d'habitude serait reconnu avoir
porté les armes contre les troupes de la République, ou contribué aux moyens de résistance.
Au camp devant Lyon, le 8 août 1793, l'an II de la République française.
Dubois-Crancé, Gauthier,
C'était une singulière façon d'offrir le rameau d'olivier à des adversaires que de les traiter de perfides, tyrans^ bourreaux^ pervers^ scélérats et conspirateurs. L'article 2 d'ailleurs était inadmissible. L'accepter, c'était rendre aux Jacobins l'administration de la ville, c'était livrer aux vengeurs de Chalier les vainqueurs du 29 mai ; car, il n'en faut pas douter, le sacrifice des conspirateurs, c'est-à-dire de tous les gens de bien, était parfaitement résolu, l'ultimatum n'en fait pas mystère. Etant ainsi menacés, les administrateurs avaient dû nécessairement s'appuyer sur la volonté du peuple pour repousser celle des représentants, amis des Jacobins. Tout en se soumettant à la Convention, ils ne voulaient point courber la tête sous des arrêtés de proscription et de sang. On comprend donc leur protestation contre les dispositions hostiles des proconsuls, et l'on ne sera pas étonné de l'indignation avec laquelle fut reçu leur ultimatum.
Quand le général de Précy eut pris connaissance de cette insolente dépêche : « Eh bien, citoyen général, leur dit un des membres du comité.