CHAPITRE PREMIER. 4OI
que pensez-Yous de cette proclamation ? — Je pense, répondit-il, que ces braves gens-là se sont trompés en l'écrivant ; ils se sont crus ici dans Thôtel-de-ville. — Quelle réponse feriez-vous à notre place, général ? — La seule qui soit digne du peuple de Lyon : « la guerre... » Et mettant la main sur la garde de son épée, le général ajouta : « Voilà pour sceller votre dépêche. »
Les représentants avaient appuyé leur offre de gascon sur une sommation militaire signée par Kellermann, mais probablement rédigée par euxmêmes :
Au camp devant Lyon, le 8 août 1793, l'an II de la République. Nous, François-Christophe Kellermann, ge'ne'ral des arme'es de la Re'publique française, commandant en chef celle des Alpes et d'Italie,
Au nom de la Re'publique française, une et indivisible, en vertu des pouvoirs que m'a* conférés la Convention nationale, et sur la réquisition des représentants du peuple à l'armée des Alpes, je somme les citoyens de Lyon de se conformer, dans le délai fixé d'une heure, à l'arrêté pris par les représentants du peuple, et de me livrer les portes de leur ville, d'y recevoir toutes les troupes de la République que je jugerai nécessaire d'y faire entrer pour assurer l'exécution des décrets de la Convention nationale, promettant toute sûreté pour les personnes et les propriétés : fiute par les citoyens de se soumettre à la loi, je ne négligerai aucun des moyens de force que la République française m'a confiés pour les réduire.
Je mets sous leur responsabilité tous les malheurs qui pourraient en résulter.
Kellermann, Commandant en chef des armées des Alpes et d'Italie.
La réponse des Lyonnais à la dépêche des représentants et à la sommation du général fut ce qu'elle devait être : fière et d'un laconisme méprisant :
Citoyens représentants du peuple !
Et vous, citoyen général !
Vos propositions sont encore plus atroces que votre conduite. Nous vous attendons. Vous n'arriverez à nous que sur un monceau de cadavres, ou la cause de la République et de la liberté triomphera.
Suivent les signatures des membres du comité de sûreté' générale, séant à Lyon, le 8 août lygS.
Une ordonnance de Précy, lançant son cheval au galop sur le quai Saint-Clair, portait cette réponse au quartier-général établi au château de la Pape, lorsqu'un bruit sourd se fit entendre. C'était le canon que les troupes de Crancé tiraient sur les avant-postes lyonnais, sans attendre l'estafette. Cette attaque, contraire aux usages de la guerre, fut faite à l'insu de Kellermann, et on lui fit croire que les Lyonnais avaient été les agresseurs. Mais en réalité l'initiative appartenait à son armée. Dubois-Crancé en est convenu en quelque sorte, en déclarant à la Convention que son inten-