CHAPITRE II
VOS soldats ; mais pour les franchir, il faudra qu'ils marchent sur nos cadavres.
« — Il est encore temps, reprit Paris, d'obtenir des conditions honorables et modérées ; croyez-le, général.
€ — S'il ne s'agissait que de ma tête, je la donnerais à l'instant même; car aujourd'hui ou demain n'est-ce pas la même chose? Mais ce n'est pas seulement ma vie que demande la Convention, combien de braves lyonnais sont ainsi que moi, déjà marqués au front par la hache du bourreau ! A ce compte-là mieux vaut la balle du soldat; nous irons jusqu'au bout.
« — Jusqu'à l'échafaud, voulez-vous dire ?
« — Eh bien! oui, nous y monterons s'il le faut, mais sans honte et sans crainte ; c'est le chemin du ciel, un prêtrel'adit le 21 janvier... (i). »
A la réponse des sections, confirmée par vingt ou vingt-cinq mille signatures occupant 242 pages, les représentants frémissent de colère et ordonnent à KeJlermann de commencer le feu. « Pendant que le canon de Montessuy, dit M. Balleydier, bat en plein le quai Saint-Clair et crible le pont JMorand, trois mille hommes d'infanterie, commandés par le général Dumay, attaquent de front le plateau de la Croix-Rousse; les Lyonnais résistent. La batterie Gingenne (2) fait de larges trouées
(i) Extrait de l'Hist. du peuple de Lyon, t. II, p. 6, d'après les notes de Paris.
(2) Gingenne, simple artisan, avait servi comme sergent dans les gre- Hi.diers de la Couronne et s'était distingué par sa bravoure dans la journ. edu29 mai. Le général de Précy|lui avait confié le commandement d'an poste important à la Croix-Rousse.
dans les rangs conventionnels ; quinze arquebusiers prennent position sur les flancs de Tennemi, derrière une muraille à hauteur d'homme, et entretiennent un feu sûr et meurtrier. L'action paraissait indécise, lorsque le bataillon de Porte- Froc et le bataillon de la rue Buisson prenant en queue les troupes de Dumay, les mettent en désordre, les dispersent et les poursuivent baïonoettes aux reins jusqu'aux premières limites de leur camp. »
Furieux de cette dernière défaite, qu'ils transforment en victoire aux yeux de la Convention, les représentants prescrivent, le 1 5 août, le bombardement et l'incendie, en s'appuyant sur des considérations mensongères, entre autres sur la présence à Lyon « d'une grande quantité d'émigrés, de prêtres réfractaires ou d'étrangers soudoyés par Pitt, qui gouvernent tout et ne laissent pas les sections délibérer. » Après avoir fixé la position des mortiers qui lanceront les bombes et des pièces qui seront chargées à boulets rouges, ils déclarent au général Kellermann « que c'est au nom du salut de la République qu'ils le requièrent d'exécuter rigoureusement ce plan, dans le délai de vingt-quatre heures, prenant sur eux la responsabilité des événements, quant aux désastres qui peuvent en résulter pour la ville de Lyon, et comptant sur son zèle et son intelligence, ainsi que