‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 231 sur 275 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de l'Ain, pour dîner fraternellement au palais de l'Egalité. Convers et Desisles e'toient au nombre des convives. J'y fus également invité par le citoyen Deydier, député à la Convention. A l'exception de moi, cette réunion de Bressans étoit composée d'élus du peuple, les uns députés à la Convention, et les autres envoyés pour la fédération du 10 août. Desisles et Convers n'avoient pas été choisis lors du renouvellement de la municipalité par les sections, et ils étoient venus s'en plaindre à Paris.

Le commencertient du dîner fut gai et fraternel ; mais à la fin Desisles et Convers se prirent de dispute avec Debost, fédéré du 10 août et se reprochèrent respectivement des actes de fédéralisme. La vérité est que les uns et les autres, égarés sans doute, ont signé des actes ou commis des fautes de fédéralisme. Cependant, soit que la boisson du vin et des liqueurs eût échauffé la querelle, soit que la haine ou l'animosité eut égaré la raison des deux partis, ils se livrèrent, en présence des représentants du peuple qu'ils devaient au moins respecter, aux excès les plus scandaleux ; ils se traitèrent réciproquement de scélérats et de coquins ; ils se reprochèrent mille horreurs. Enfin la dispute devint si violente entre Desisles et Debost, qu'ils prirent des couteaux et menacèrent de se poignarder.

Indigné d'une conduite aussi peu républicaine, ne connoissant les opinions politiques ni des uns ni des autres que par cette odieuse querelle, je dis à Convers et à Desisles que je plaignois la commune de Bourg d'être menée par des hommes qui avoient aussi peu de moralité. J'ajoutai qu'ils étoient indignes d'être magistrats du peuple, que des républicains dévoient s'expliquer fraternellement et sans aigreur, lorsqu'ils n'étoient pas de la même opinion, ai. lieu de se dire des infamies, et que j'étois surpris que la garde ne montât pas pour les arrêter et terminer un

pareil scandale, qui faisoit rougir ceux qui en étoient les témoins.

Debost reprocha à Desisles d'avoir vendu de l'or faux, d'avoir agioté sur le numéraire qu'il achetoit en discréditant les assignats, et d'avoir amassé une grosse fortune par des moyens peu délicats, puisqu'il étoit venu dans le pays sans ressources, qu'il n'avoit pas payé de contribution patriotique.

Ainsi finit ce dîner dont la fraternité auroit dû faire les frais et qui fit gémir les Représentants 4u peuple Deydier et Merlino, qui se montrèrent de mon avis. Ils regrettèrent d'avoir été présents à des débats aussi indécents de la part de Desisles, Convers et Debost. Nous nous retirâmes l'âme navrie de douleur, prévoyant les suites fâcheuses de cet événement et son influence sur les troubles qui se faisoient déjà sentir dans le département de l'Ain (i).

Dès que le Directoire de l'Ain fut informé que l'armée piémontaise était entrée dans le Faucigny, la Tarentaise et la Maurienne, qu'elle refoulait Tarmée des Alpes et menaçait Annecy et Chambéry, il écrivit la lettre suivante aux administrateurs de districts :

Bourg, 20 août 1793, Tan 2« de la République française. Les Piémontois ont franchi deux passages que l'on regardoit comme [des barrières insurmontables entre les états du roi Sarde et le territoire de la République. Ils

(i) Réponse du citoyen Févelas, employé à Li commission des Relations extérieures aux inculpations contenues dans la dénonciation faite contre Gouly par les meneurs de la Société populaire de Bourg. 20 p. in-8. — Pli. L. D. ,

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