CHAPITRE III
Subsistance de ï armée des Alpes, réquisition du commissaire Chambon ridiculement formulée. Cherté du blé. plainte du peuple. — Deux faits d'armes singuliers; effroi des recrues de l'Ain ; courage d'un élève du pharmacien Macors. Héroïnes lyonnaises : la marquise d'ivoley, de Bourg. Le chien Pluton. — Levée en masse de tous les citoyens de i8 à 25 ans. non mariés ou veufs sans enfants. Démission de l'abbé Grumet, administrateur de l'Ain; les représentants la refusent. — Exhortation municipale aux jeunes recrues bugistes, signée par Srillat-Savarin. Programme des sans-culottes de Belley, g septembre fjgS. — Formation d'une compagnie d'artillerie; deux volontaires dans tout le département. Service rendu à la commune de Montréal par le comte Douglas. Les proconsuls de la Pape font arrêter deux citoyens de Bourg et Nantua. Battage forcé des grains. Quelques Bressans résistent à une réquisition ; saisie et vente de leur excédant de blé au profit des pauvres.
Les moissons étaient terminées ; une partie des gerbes était battue ; et le blé, toujours cher, manquait sur les marchés. Cela tenait un peu à ce que la récolte était au-dessous de la moyenne, et beaucoup à ce que les pourvoyeurs des subsistances militaires parcouraient les campagnes et faisaient m.onter le prix des denrées à un taux exorbitr.nt.
Le voisinage de deux armées. Tune sur la frontière, l'autre sous les murs de Lyon, épuisait les ressources de la Bresse en fourrages et en grains.
Douze mille hommes combattaient les Piémontais, et trente-sept mille assiégeaient Lyon. Ce dernier chiffre doubla même, lorsque l'investissement de la ville fut complet (i).
Dubois-Crancé et Gauthier eurent recours aux réquisitions forcées avec indemnité au-dessous du cours. Leur arrêté du 27 août fixa le prix du foin à
7 livres le quintal, la paille à 3 livres 10 sous, le froment à 3o livres, soit 6 livres 18 sous la coupe (2), Tavoine 6 livres, le bichet lyonnais pesant de 40 à 44 livres, et les transports à raison de
8 livres par collier ou joug de bœufs.
Le même arrêté chargea le citoyen Chambon, député suppléant à la Convention, de surveiller les réquisitions et d'aplanir les difficultés qu'elles susciteraient.
Celui-ci vint à Bourg le 3o août, et demanda aux administrateurs que tous les approvisionnements fussent conduits dans huitaine aux magasins nationaux. Il les prévint que les propriétés
(i) D'après la carte de M. Balleydier, Dubois-Crancé commandait 9000 hommes à Montessuy; De Laporte 10,000 à la Ferrandière; Javogues 10,000 du côté d'Oullins; Reverchon 8,000 vers Neuville-sur-Saône: total : 37,000.
Trois autres représentants, adjoints à ceux-ci par décret du 21 août, amenèrent encore 37,000 hommes, savoir : Couthon, 25, 000 réquisitionnaires de l'Auvergne, placés entre Oullins et Sainte-Foy, et Maignet et Chàteauneuf-Randon 12.000, campés à l'ouest de Sainte-Foy.
(2) Nous avons vu tout à l'heure que dans les premiers jours d'août, le blé se vendait à Bourg 10 Hv. la coupe, soit i3 fr. 48 cent, le double décalitre.