CHAPITRE III. 43 i
allait être donné, arrêtez ! L'existence de] cet espion peut nous servir ; accordons-lui la vie sauve, si notre capitaine y consent, pour la révélation sincère de son projet. »
La prétendue paysanne s'empressa d'avouer que le général Petit-Guillaume l'avait chargée, contre une assez forte somme, de reconnaître, à l'aide d'un déguisement, la position et la force numérique du poste pour le surprendre le lendemain de grand matin. D'un coup d'oeil, le chasseur lyonnais avait mesuré sa taille à celle de l'espion ; c'était non-seulement les mêmes proportions, mais il y avait encore beaucoup d'analogie dans les traits du visage et l'inflexion de la voix. Changeant aussitôt ses vêtements de soldat contre ceux de la paysanne, il marcha droit au camp du général Petit-Guillaume, poussant devant lui la bourrique allégée par la vente des provisions du matin. Les renseignements qu'il donna sur la position et la force du poste de la Croix-Noire comblèrent de joie le général, qui doubla la gratification promise à l'espion et fit ses préparatifs pour l'attaque du lendemain.
Le chasseur déguisé avait représenté les Lyonnais comme complètement démoralisés par les eflfets désastreux du bombardement ; leurs chefs seuls les empêchaient d'ouvrir leurs portes aux troupes de la Convention; le poste de la Croix-Noire n'était plus qu'une galette dont on aurait bon marché, défendue seulement par vingt hommes et une méchante pièce de canon qui refusait tout service, lorsqu'elle était échauffée par deux ou trois coups ; c'était une simple femme, ajouta-t-il, qui en avait pris le commandement après la mort du capitaine chargé de la dél'endre, etc., etc.
l^e général Petit-Guillaume quitta Montessuy à quatre heures du matin, à la tête de quinze cents hommes d'élite, marchant au pas, en silence, sur huit hommes de front.
Avertis de leur mouvement par le retour inespéré de leur camarade, les Lyonnais s'étaient embusqués pendant la nuit sur le revers méridionnal d'un monticule couronné de deux pièces de canon, mises en batterie et chargées à mitraille jusqu'à la gueule.
Les Crancéens s'avançaient toujours en toute confiance ; soudain deux décharges simultanées, les prenant en hauteur et de front, jonchent la terre de cadavres. Les Lyonnais, profitant du premier moment de surprise et d'hésitation de l'ennemi, s'élancent en tirailleurs sur les flancs de la colonne et la fusillent à bout portant, tandis que leur artillerie achève de la disperser en la prenant cette fois en queue. On dut l'avantage de cette journée, qui coûta beaucoup de monde aux Crancéens, à la présence d'esprit, au sang-froid du chasseur, jeune apprenti, nous a-t-on assuré, du pharmacien Macors.
Il demanda pour le prix de ce succès la grâce de l'espion républicain ; il l'obtint, et le renvoya au général Crancéen avec un petit billet ainsi conçu :
« Je, soussigné, reconnais avoir reçu du général Petit- « Guillaume la somme de cent cinquante livres écus, « remboursable au premier avis en coups de canon et de « fusil.
TuLAGOBE, élève apothicaire,
« qui a changé sa seringue contre un mousquet, pour « f..... à son aise des lavements de plomb chaud au c. des « fondeurs de cloche.
« Fin contre fin ne vaut rien pour doublure. »
M. Balleydier fait suivre ces deux faits d'armes d'un alinéa non moins intéressant, dans lequel une dame de Bourg est nommée parmi les héroïnes