‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 246 sur 275 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Suite et fin du siège de Lyon : provocation chevaleresque, lettres plaisantes d'un Bleu et d'un Muscadin. — La ville est bloquée le ij septembre. Traîtres parmi les assiégés. Rappel de Dubois-Crancé et Gauthier. Encore une sommation, belle réponse du général Arnaud. Le peuple affamé veut capituler; conditions impossibles. Sortie du général de Précy et de 700 hommes, le g octobre; retraite désastreuse ; Précy miraculeusement sauvé. — Le même jour, les assiégeants font leur entrée dans la ville ; aspect lugubre ; Dubois-Crancé et Gauthier ne se hasardent qu'à la nuit close et dans un carrosse fermé. Décret de la Convention ordonnant la destruction de Lyon. Arrêté du Comité de S2lut public qui met en état d'arrestation les susdits représentants.

La ville rebelle, bombardée presque toutes les nuits, avait chaque jour des combats à soutenir sous ses murs, et les soutenait vaillamment. Au commencement de septembre, Tarmée des Bleus (des assiégeants} fut renforcée par la garnison de Valenciennes, et celle des Muscadins (des assiégés) fut secourue par quelques compagnies de Lyonnais et Foréziens, venus du Forez, tous dévoués à la cause lyonnaise ; de sorte que les chances restèrent à peu près les mêmes de part et d'autre. Les L}onnais continuèrent à défendre leurs avantpostes et à tenir tête aux troupes de la Convention. Le feu ne cessait, pour ainsi-dire, que pour relever

les morts et les blessés ou pour prendre quelques heures de repos.

Dans une de ces trêves, il se passa un fait qui, « sous une forme triviale, rappelle les combats chevaleresques du moyen -âge. » A ce titre, M. Balleydier nous en a conservé le récit, bien qu'il s'y trouve deux lettres, écrites avec les expressions favorites du Père Duchesne, et avec le mot qui a illustré M. Margue. Par le même motif, nous offrons à nos lecteurs ce curieux épisode.

Un matin, une jeune femme à la taille svelte, à la démarche décidée, se présente à la caserne de cavalerie, située sur la place de la Déserte, et demande à parler au cavalier Deboze ; celui-ci pansait alors son cheval, et rien au monde ne pouvait le détourner de cette occupation ; lorsqu'il l'eut terminée, il s'empressa de rejoindre la personne qui l'avait fait appeler.

— Que me voulez-vous, dit-il ?

— Vous êtes un homme de cœur, je le sais ; voilà pourquoi je me suis chargée de ce message pour vous, me fiant entièrement à votre honneur. — Disant ainsi, la jeune femme lui remit une lettre élégamment enveloppée.

— Quelque rendez-vous, sans doute, dit Deboze accoutumé à ces bonnes fortunes ; vous faut-il une réponse?

— Lisez.

Deboze ouvrit la lettre et parcourut rapidement son contenu.

« Citoyen, lui disait-on, je viens d'apprendre que vous « étiez l'Ajax des Muscadins-Grecs ; moi, je suis Thector « des Troyens-Bleus ; nous sommes donc faits pour nous,

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