CHAPITRE IV
comprendre. Je me f... de vous à pied et à cheval, au sabre, au pistolet, voire même au mousqueton. Dubois- Crancé doit proposer demain une trêve de quatre heures pour enterrer nos morts ; que le Père éternel leur accorde sa sainte bénédiction ! Quatre heures, c'est plus qu'il nous faut pour déjeuner et nous couper des taillades après. On dit que le vin ne vous manque pas, apportez-en ; car nous serons trois de chaque côté pour qu'il y ait partie carrée. Nous nous chargeons, nous,
an fricot. Si vous êtes un bon h , un b à poil,
comme on le dit, vous ne manquerez pas au rendezvous. En attendant je vous emm
a Salut et fraternité.
« p. s. Nous serons, à dix heures militaires^ à l'extrémité du cimetière de Cuire. N'oubliez pas vos armes et le vin demandé. Vive la République !
0 Daniel-Joanin de Rilsem, a hussard du premier régiment^ ci-devant Berchigny. »
Après avoir lu cette lettre, Deboze se prit à rire :
— C'est mieux que je ne pensais, dit-il; aussi, la belle, oici pour ton pourboire ; — et il l'embrassa vigoureuseaert par deux fois. — Ce farceur de Rilsem est donc bien mbêté de la vie, dis-moi } Est-ce ton frère, ton amant ou on mari ?
— C'est mon amant.
— Tant mieux.
— Pourquoi ?
— J'aurais eu regret de faire une veuve aussi jolie que oi ; puisque ce n'est que ton amant, tu me permettras de 'embrasser de rechef sur tes beaux yeux, c'est permis par î Ici de votre une et indivisible. Maintenant attends un >eu. je vais te donner ma réponse, ce ne sera pas long.
Rentrant alors au quartier, il écrivit ces quelques lignes :
« Le citoyen muscadin Ajax emm.... à son tour le « sans-culotte Hector Bleu, à cheval et à pied, au sabre a et au pistolet ; quant au mousqueton il ne s'en sert pas, « il n'use que d'un fusil à deux coups pour chasser à sa « fantaisie les canards sauvages de la Convention, Demain » à dix heures, deux bons chasseurs de mes amis et moi, « nous nous trouverons à l'extrémité du cimetière de a Cuire; ça nous va, ce sera plus près. Puisque vous vous « chargez du fricot (qu'il soit bon surtout!), nous appor- « terons du vin fameux, ce sera notre écot. Ceux qui t'ont
€ raconté que j'étais un bon b , ont dit la vérité; j'ai
a du poil assez pour te prêter une paire de mousta-
€ ches s'il t'en manque. A demain donc, gentil hussard de « Berchigny.
« Salut et fraternité. Vive la France et Lyon ! « Deboze.
( P. S. J'oubliais de te dire que je t'emm.... ; toi, n'ou- « blie pas de recommander au fossoyeur de Cuire de ( creuser trois fosses, nous aurons un prêtre avec nous f pour les bénir, j
Le lendemain à dix heures, tandis que les Lyonnais et leurs ennemis s'occupaient à donner la sépulture à leurs compagnons d'armes tués les jours précédents, trois chasseurs à cheval de Précy, Deboze, Revérony et le Petit Frédéric, étaient joyeusement assisà table, vis-à-vis trois hussards de Berchigny, Daniel Joanin de Rilsem, et François Jacob, de Vesoul en-Franche-Comté ; nous ignorons le nom du troisième. Sur le point de se battre à outrance, ces six cavaliers paraissaient unis par la plus intime fraternité ; ils choquaient leurs verres pleins les uns contre