‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 248 sur 275 · CHAPITRE IV. 45 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 45 I

les autres, se faisant réciproquement les honneurs d'un repas assez bien ordonné pour les circonstances, ayant chacun à ses côtés ses armes prêtes et chargées.

Des nuées d'alouettes voltigeaient et planaient sur leurs êtes, déployant leurs ailes aux rayons tièdes du soleil de eptembre : « Si nous en faisions rôtir quelques-unes, » dit Deboze en armant le fusil de chasse dont il ne se séparait araais. Il en eut bientôt abattu une douzaine. Les hussards dmirèrent son adresse : « Il faut les faire cuire à préent, » ajouta de Rilsem, et tirant son sabre supérieurement affilé, il coupa d'énormes branches d'arbres pour préparer le feu. Les Lyonnais admirèrent à leur tour la "orce musculaire du hussard, e Vous serez m^on adversaire, lui dit Deboze. — Volontiers, » repartit de Rilsem, ît ils se remirent gaîment à table.

La conversation tomba sur les événements qui depuis in mois avaient lieu devant Lyon. Les hussards repro- ;hèrent aux muscadins la pensée qu'ils avaient de vouloir ablir la dîme, les droits féodaux et autres impossibilités le l'ancien régime ; ceux-ci repoussèrent de toutes leurs brces des intentions qu'ils n'avaient jamais eues, t Nous roulons, comme vous, dirent-ils, le bonheur, la gloire et liberté de la France ; comme vous, nous sommes prêts

défendre l'intégralité du territoire menacé ; mais si nous tommes armés contre vous aujourd'hui, c'est qu'on vous

laicés contre nous par le mensonge et la calomnie. Nous :n appelons à votre justice, lesquels sont plus véritablenent français, de vos chefs ou des nôtres ? Pendant que fOus fusillez sans pitié nos prisonniers, nous épargnons es vôtres ; vous avez, au mépris du droit des gens, assasline le général Nicolas ; vous achevez inhumainement nos îlessésque nous n'avons pu enlever du champ de bataille, 10U5 guérissons les vôtres dans nos hôpitaux, que vous

continuez chaque nuit à bombarder. « Une bonne raison vaut sauvent mieux qu'une victoire, » a dit un grand homme de guerre. Les hussards de Berchigny se rendirent à l'évidence de ces raisonnements. « Si nous n'avions pas peur que vous nous traitassiez de lâches, dit Rilsem, je serais, quant à moi, heureux et fier de combattre aujourd'hui dans vos rangs contre ceux qui nous ont trompés. » Deboze lui tendit la main ; François Jacob demanda pareillement à faire partie de l'armée lyonnaise ; le troisième seul, guidé par un sentiment de piété filiale, rejoignit son régiment, son père servait dans le même escadron que lui (I).

Une pluie d'obus, de bombes, de boulets tombait toujours sur Lyon, sans ébranler le courage de ses défenseurs. Les représentants Dubois- Crancé et Gauthier, désespérant de les vaincre par les armes, même avec les renforts considérables venus de FAuvergne, résolurent de les vaincre par la famine, ce dont témoigne la lettre suivante qu'ils écrivirent, le 17 septembre, à leurs collègues Maignet et Châteauneuf-Randon :

Ce ne sera ni le canon ni les bombes qui réduiront Lyon, mais un blocus bien formé, garanti de toutes sorties, et pour cela il ne faut que du canon léger. Lyon n'a pas pour huit jours de vivres ; serrons-le de bien près, et Lyon est à nous. Dans le cas d'une plus longue résistance, il n'y aura que la baïonnette et nous pensons comme vous que ce sera par Saint-Just qu'on entrera ; mais il faudra atta-

(i) Hist. du peuple de Lyon, par M. Balleydier, t. II, p. 99.

Page 1