‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 33 sur 275 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Ce dernier conseillait à notre compatriote de prêter le nouveau serment civique, prescrit le lo août : Au nom de la Nation, je jure de maintem'r de tout mon pouvoir la liberté et P égalité, et de mourir pour les défendre. « Ce serment, lui disait-il, tout différent de celui de la Constitution civile du clergé, ne blesse aucun dogme. A la vérité, il n'est pas clair; mais s'il a un double sens, l'un bon et l'autre mauvais, nous pouvons le faire dans le sens qui est bon. w Le curé Bottex condamnait cette manière de voir, en répondant qu'un serment se fait toujours suivant l'intention de la personne qui le demande.

Dans sa courageuse abnégation, il n'avait qu'un regret, c'était de se voir en prison, non pour la cause de la religion, mais pour une correspondance facile à justifier. « Je sais bien, disait-il, que cette lettre de l'abbé Maury ne contient rien d'hostile à TEtat : je mourrai innocent du crime de sédition ; mais je n'aurai pas le bonheur de mourir pour la foi: »

Quand il parut devant ses juges Hubert et Lhuillier, il ne lui fut pas difficile de prouver que sa correspondance avec Tabbé Maury était inoffensive. Il fut absous. Mais, avant d'échapper aux scélérats, il avait encore à subir Tépreuve du serment, et c'est là que son désir de sacrifier sa vie à Dieu allait être exaucé.

« A La Force^ dit Fabbé Barruel dans son Histoire du Clergé pendant la Révolution^ le prisonnier que les juges n'avoient pas condamné étoit d'abord saisi par quatre brigands. Celui qui présidoit aux massacres le conduisoit, criant et ordonnant au prisonnier de crier comme lui : Vive la Nation ! Ils arrivoient ainsi jusqu'au guichet. Là,étoient les bourreaux. Au nombre d'environ soixante cannibales, ils formoient une haie prolongée jusqu'à l'extrémité de la rue, fermée par un trophée de cadavres entassés les uns sur les autres,

« Si le prisonnier étoit condamné à mort, le mot du guet étoit : A l'Abbaye ! Dès qu'il a voit franchi le seuil de la porte, les bourreaux à massue l'étourdissoient, les sabres et les piques l'achevoient. S'il n' étoit pas tombé sous les coups, il ne pouvoit fuir qu'en suivant cette route fatale, tracée par ce double rang de bourreaux, et fermée par des cadavres.

« Quand le chef des bandits devoit annoncer la grâce, il paroissoit le premier au guichet, tenant un sabre levé, et son chapeau sur la pointe du sabre. Il répétoit le cri de Vive la Nation ! et il ajoutoit : Grâce au bon citoyen. La double haie, la populace qui abondoit à ce spectacle dans la rue, aux croisées, et jusque sur les toits, faisoient retentir le même cri jusqu'au moment où, toujours

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