CHAPITRE III
précédés du chef des Marseillais, et tenu par les quatre gardes, le prisonnier arrivoit près des morts entassés en trophée. Là, il étoit lâché par ses gardes ; le Marseillais se postoit devant lui, la main étendue sur les cadavres, et prononçoit le serment de la liberté et de V égalité. Il se faisoit un grand silence... Si le prisonnier répétoit le serment, les derniers bourreaux lui ouvroient le passage, et il étoit Hbre. S'il se taisoit, ou refusoit de le répéter, ceux mêmes qui l'avoient conduit Timmoloient à Tinstant, et son corps couronnoit le trophée (i). »
Arrivé à cette barrière fatale, le curé Bottex se vit entouré de meurtriers qui lui demandèrent le serment, lui offrant la liberté à ce prix. Sans s'effrayer de Taffreux spectacle qui était devant ses yeux, le généreux ministre de Jésus-Christ refusa le serment équivoque. Egorgé sur le champ, 3 septembre 1792, il alla « recevoir dans lescieux, dit Mgr Depéry, la récom.pense d'une conscience pure et d'une vie toute pleine de bonnes œuvres ^2). »
L'autre prêtre de notre pays, qui périt dans les journées de septembre, fut martyrisé à Lyon.
( ) Hht. du Clergé pendant la Révolution française par M. l'abbé BaiTuel, aumônier de M"»» la princesse de Conti. Londres, 1801. 2 vul. in- 12, p. 145 du t. n.
{:■) Hist. hagiologique du diocèse de Belley, 1. 11, p. 38 1.
Avant de raconter ses infortunes et son supplice disons quelques mots des septembrisades qui ensanglantèrent les provinces.
Les factieux de la capitale ne se contentèrent pas d'épurer la société parisienne; ils adressèrent aux frères et amis de tous les départements une circulaire datée du 3 septembre 1792 et rédigée par Marat, dans laquelle on lisait :
La Commune de Paris se hâte d'informer ses frères de tous les de'partements, qu'une partie des conspirateurs féroces, de'tenus dans les prisons, a été mise à mort par le peuple : actes de justice qui lui ont paru indispensables pour retenir par la terreur les légions de traîtres cachés dans ses murs, au moment où il alloit marcher à l'ennemi : et sans doute la Nation entière^ après la longue suite de trahisons qui l'ont conduite sur les bords de l'abîme, s' empressera d'adopter ce moyen si nécessaire de salut public^ et tous les Français s'écrieront comme les Parisiens : « Nous marchons à l'ennemi, mais nous ne laisse- « rons pas derrière nous des brigands pour égorger nos « femmes et nos enfants (i). »
Cet appel à Tassassinat est écouté dans quelques villes. — A Reims, le 3 et le 4 septembre, huit personnes, prêtres et laïques, sont égorgées. — A
(i) MM. Bûchez et Roux ont inséré cette circulaire in extenso dans le tome XVII p. 432 de leur Hht. parlem. Elle est signée : u Les administrateurs du co iiité de salut public et les administrateurs adjoints réunis, Pierre Duplain, Panis, Sergent, LenfhNT. Jourdeuil, Marat, VAmi du Peuple. Deforgues, Leclerc, Dufort, Cally, constitués parla commune et séans à la mairie. »