‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 39 sur 275 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

vraiment remarquable; le dernier surtout semble avoir été inspiré par le pressentiment de son prochain martyre :

0 mon Dieu ! c'est trop peu pour mes péchés souffrir; Lavez-moi... Pour vous, ah ! que ne puis-je mourir ! Me voici prosterné devant votre justice; Brûlez, coupez, taillez, et soyez-moi propice.

Le 9 septembre, après les massacres dont nous avons parlé plus haut, les cannibales lyonnais vont à la prison de St-Joseph demander leur dernière victime. Le geôlier, prévenu de leur dessein, essaie de leur dérober le saint prêtre, en l'obligeant à se tenir derrière les rideaux d'un lit.

Les forcenés arrivent avec leurs sanglants trophées, font ouvrir la prison et s'y précipitent, en criant : « Nous voulons l'abbé Guillermet. » — « Je ne sais pas oi^i il est, » répond le geôlier. — « Il faut que tu le trouves, » répliquent-ils en lui montrant les têtes ensanglantées qu'ils portent sur des piques et en lui faisant comprendre que la sienne pourrait en augmenter le nombre. — « Je ne sais pas où il est, » répond-il pour la seconde fois ; et il ajoute : voilà a toutes les clés, cherchez-le. »

Ils fouillent les cachots, le jardin, les appartements, et finissent par trouver leur proie. Sommé aussitôt de prêter serment, l'abbé Guillermet reste inébranlable dans sa foi, et les sabres sont déjà

levés pour le frapper quand le geôlier s'interpose et obtient que le sang ne coule pas dans la prison. Le courageux confesseur est donc emmené dans la rue; il marche d'un air calme, les mains jointes, les yeux baissés, offrant è Dieu son sacrifice priant pour ses meurtriers. « Arrivés dans la rue, à deux pas delà porte, ditThagiographe de Belley, ils le frappent en lui demandant de nouveau son serment ; il le refuse toujours et les prie de lui accorder un instant. Il se précipite à genoux, se prosterne, recommande son âme à Dieu, et prie encore pour ses assassins. Il se relève ayec assurance, tire un manuscrit qu'il jette à leurs pieds, et, comme il allait leur parler, l'un d'eux lui porte un violent coup de sabre qui le renverse par terre. A l'instant même, on se précipite sur lui, on lui coupe les doigts l'un après l'autre, toujours en lui demandant son serment qu'il refuse avec une constance héroïque. Ensuite on lui coupe un poignet, puis l'autre; et pendant qu'on le mutile ainsi: « Ah ! mes enfants, disait-il, vous avez bien de la « peine ; je vous pardonne de bon cœur. » Alors on lui arrache cette langue qui n'avait que des bénédictions à donner. Ces actes de barbarie achevés, ses bourreaux insultent à son état de mutilation comme à son sacerdoce, en lui rappelant avec une ironie atrocement sacrilège que sa langue avait prononcé les paroles de la consécration et que ses

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