‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 45 sur 275 · Tome III · texte numérisé non relu

Tome III

Pénétré de ce sentiment, qu'un bon citoyen doit consacrer à la patrie sa vie et ses talents, avait-il dit, j'ai demandé au ministre de la guerre d'être employé dans un grade de maréchal de camp.

Scrupuleux exécuteur de vos lois, il m'a répondu qu'il enétoit empêché par un de vos décrets, qui défend d'employer les colonels qui ont obtenu le grade de maréchal de camp pour retraite. Si j'étois dans le cas prévu par la loi, i'obéirois sans me plaindre, et confondu dans les rangs de nos braves volontaires, je saurois y trouver la victoire ou la mort; mais l'état de services que j'ai l'honneur de Joindre ici, démontrera que le grade de maréchal de camp n'est point un grade qu'on m'ait accordé pour retraite. Si j'avois demandé ma retraite, je me croirois déshonoré.

Quoi ! lorsqu'il s'agit de combattre pour cette Constitution à laquelle j'ai donné ma voix ; pour cette liberté dont l'étendard ombrageoit mon berceau sur les rochers helvétiques où je suis né ; pour la liberté que j'ai idolâtrée dès mon enfance, et que, dans l'Assemblée constituante, j'ai toujours servie là (montrant le côté gauche) avec tout le zèle du soldat, j'aurois, lâche, déserté ! j'aurois demandé de m'ensevelir dans un honteux repos ! Non, jamais ce crime ne fut dans ma pensée.

Après quarante-six ans de services (il avait débuté à douze ans), après avoir, au sortir de l'enfance, servi sur les rives du Pô, aidé au peuple génois à reconquérir sa liberté, reçu à Rosbach et à Sundershausen de cruelles blessures; décoré depuis vingt-neuf ans du fleuron des guerriers ; lieutenant-colonel depuis dix-neuf ans, j'ai reçu le brevet de maréchal de camp comme justice, et je l'aurois rejeté loin de moi, si j'avois pu penser qu'on me l'offrît comme un hochet de la vanité, comme un titre inutile à mon pays.

Page 1