CHAPITRE IV ol
23, il occupa Montmélian sans coup férir, et le 25, il fit son entrée triomphale à Ghambéry.
« Montesquieu, dit M. Costa de Beauregard, avait importé la liberté en Savoie^ et la liberté faisait en Savoie ce qu'elle faisait partout : elle crochetait les coffres, pillait les églises, et jetait en prison quiconque ne portait pas la carmagnole et le bonnet phr3-gien i). »
Pendant que la Savoie se livrait à Montesquiou, le général Anselme s'emparait du comté de Nice sans plus de difficuhé.
Les ultra-révolutionnaires de 1792, aussi impatients que ceux de 1870, traitaient volontiers de lâches et de traîtres les généraux qui n'allaient pas aussi vite que César : Vent, vidi^ vici. Sur la dénonciation de ces stratégistes d'estaminet, le maréchal Luckner et le général comte de Dillon avaient été rappelés. Le marquis de Montesquiou fut destitué par décret du 23 septembre, au moment même où il triomphait en Savoie. A la nouvelle de son succès, la Convention revint sur le décret du 23 -, ce qui n'empêcha pas le général offensé d'envoyer sa démission, et ce qui mit la Convention dans la honteuse nécessité de la refuser.
L'ex-député Thomas Riboud fut de retour à Bourg, le 2 octobre 1792. Les Jacobins bressans
(i) Un homme d'autrefois, déjàcitî. p. i33.
avaient annoncé qu'ils lui feraient un mauvais parti. Non seulement ils lui en voulaient de son attitude constitutionnelle, mais ils lui gardaient rancune de la résistance qu'il leur avait faite, étant Procureur-général-syndic, en s' opposant à la publicité des séances du Directoire et à toute communication administrative avec le club. Le triomphe de la démocratie avait accru leur audace. Un autre aurait fui le danger; Thomas Riboud resta plusieurs jours à Bourg pour montrer que les menaces et les lettres anonymes ne Pintimidaientpas, Puis, il se retira dans sa maison de campagne de Jasseron. Là, le premier emploi de ses loisirs fut de confier à son livre de raison quelques réflexions sur sa conduite à la Législative. Nous pensons qu'elles seront lues avec intérêt.
Pendant mes fonctions à la législature, j'ai rempli mes devoirs avec l'exactitude et la probité d'un bon citoyen, et j'ai eu la force de le faire, malgré les orages et le torrent de l'opinion. Mon principal soin a toujours été de me garantir de toute influence particulière, parce que je pense qu'un député doit opiner d'après sa réflexion, ses lumières et sa conscience, et non pas d'après les mouvements extérieurs, quelque justes qu'on les suppose. Ce n'est pas la pensée d'un certain cercle, d'une certaine société qu'il doit apporter, mais sa propre pensée. L'opinion des sociétés peut servir à la détermination de la sienne après un mûr examen ; mais elle ne doit jamais l'entraîner aveuglément.
Guidé par ces principes, j'ai toujours refusé de me lier