CHAPITRE IV
à aucune association : Jacobins ou Feuillants, tous m'ont été également inconnus. Détestant les partis et les cabales, j'étudiai l'opinion publique, non dans une portion d'hommes réunis et animés d'un esprit particulier, mais dans la masse des citoyens, et je tâchais ainsi de trouver le résultat le plus juste.
Cette indépendance d'opinion, cette droiture raisonnable n'ont pas empêché, comme je l'avais prévu, que le parti dominant ne vît en moi un ennemi, parce qu'il n'y voyait pas un associé; et par cette raison ne m'étant pas toujours trouvé de son avis, il m'a bientôt considéré comme un homme dont le patriotisme était équivoque. Bientôt la calomnie, la défiance m'ont poursuivi dans ce pays même auquel j'avais sacrifié mon repos, mes plus douces habitudes, mon intérêt. On a oublié les instances qui m'avaient été faites pour vaincre ma répugnance. Plusieurs années de travaux et de zèle, les preuves non interrompues de mon attachement pour mes concitoyens, tout a disparu ; une funeste prévention m'a enveloppé, et Ihomme qui aime le mieux sa patrie a été accusé de la négliger ou de la trahir. Les menaces les plus viqlentes contre ma famille, mes propriétés et ma vie ont été répandues ; et, après avoir échappé aux dangers continuels et terribles qui ont environné les deux tiers de l'Assemblée pendant deux mois, d'autres périls m'attendaient dans le lieu qui m'a vu naître.
Mais, avec une conscience pure, une âme forte ne redoute rien. Accoutumé à voir la mort et l'infortune, je me suis présenté sur mes foyers sans inquiétude et sans crainte ; et j'y ai trouvé des .citoyens qui conservaient (•ncore pour moi de l'estime; elle est ma récompense dans ma retraite. Heureux maintenant au sein d'une famille aimable et chérie, livré aux occupations d'une vie douce et
obscure, j'attendrai les événements en formant des vœux pour le salut de la patrie ; et, toujours prêt à sacrifier ma vie comme simple citoyen, j'abjure les emplois publics pour ne m'attacher qu'à remplir les devoirs de français et de père de famille.
Je n'ai pas l'intention de donner ici des détails sur ma conduite à l'Assemblée nationale et sur ce qui s'y est passé. Peut-être, quelque jour, déposerai-je sur le papier des notes intéressantes sur ce point (i) ; elles contiendront le développement de mes principes, et j'ose espérer que tôt ou tard l'on me rendra justice. J'ai, comme tant d'autres, éprouvé l'inconstance et la versatilité du public; je n'en suis pas surpris. Le point essentiel est d'être sûr de sa conscience ; le reste n'est rien.
Je suis arrivé à Bourg, le 2 octobre, après la formation de la Convention nationale, et après une année d'absence. J'y suis resté quelques jours pour montrer que je n'avais aucune crainte au milieu de mes concitoyens, et je suis venu à Jasseron oublier l'ingratitude des hommes et les erreurs que le temps fait ordinairement disparaître avec rapidité.
(i) Ce travail n'a pas été fait.