CHAPITRE PREMIER. çS
La vigilance des administrateurs s'était traduite, le 26 septembre par un arrêté donnant mission aux citoyens Cabuchet, Blanq-Desisles, Duhamel et Morand d'aller rassurer les populations du Bugey et du pays de Gex.
Ces commissaires, partis de Bourg le i^"" octobre, visitèrent successivement Pont-d'Ain, Cerdon, Nantua, Châtillon, CoUonges, Saint-Genis, Gex, Fernex, Carrouge, Divonne, Griily, Vcrsonnex, Sacconnex, Versoix, Mijoux, St-Claude, Dortan, et rentrèrent à Bourg le 24 octobre par Nantua, Cerdon et Pont-d'Ain.
Cette promenade coûta au département 946 livres i5 sous (i .
Les armées alliées commençaient leur retraite, lorsque, le 5 octobre 1792, quatre jeunes déserteurs réputés émigrés furent massacrés à Rethel, par des volontaires parisiens. Cette affaire qui eut un grand retentissement, se rattache par un fil à notre pays. Les quatre victimes, d'après leur déclaration, étaient de nationalité française, se nommaient Dusellier, Jacques Cotier, Devaux et Bonie\ille, et venaient de déserter du régiment des :hasseiirs impériaux russes, qui passaient à
[1) Etat de la dépense faite par les citoyens Cabuchet. Desisles. Duha' tel it Morand, commissaires nommés par l'administration du départe- *e»t de CAin. en vertu de son arrêté du 2 6 septembre 1792. Ms. origi- «IdiSp. — G"D.
Bourg (i). Etait-ce la vérité ? Peu importe. Ecoutons rintéressant récit de M. Mortimer Ternaux :
La garde nationale de Rethel, en poussant une reconnaissance vers Vouziers, avait arrêté quatre individus, voyageant à cheval avec armes et bagages, qui s'étaient déclarés déserteurs de l'armée prussienne et avaient demandé à servir sous les drapeaux français ; amenés à Rethel, le même jour, trois d'entre eux s'étaient engages dans le io« dragons, et le quatrième, qui était chirurgien, s'était mis à la disposition du général Chazot. Celui-ci venait d'arrivée dans cette ville avec deux bataillons de volontaires parisiens, le Mauconseil et le Républicain. Le fameux patriote Palloy, qui commandait ce dernier bataillon, entend parler des quatre déserteurs; sous prétexte qu'ils pourraient bien être quatre émigrés, il les fait saisir pendant la nuit par des énergumènes de sa troupe qu'il appelait « ses apôtres, » les accable de mauvais traitements, et leur tient cet infâme propos : « J'ai promis d'envoyer quatre têtes d'émigrés à Paris ; j'y enverrai les quatre vôtres, cachetées dans des boîtes de plomb avec de l'eau-de-vie. »
Le lendemain matin, dès sept heui-es, une députation de volontaires parisiens se présente chez le général Chazot, et demande qu'on juge à l'instant même les quatre émigrés que Palloy a découverts. Chazot veut haranguer les émeutiers qui, réunis sous les fenêtres de l'hôtel qu'il occupe, appuient par leurs clameurs la demande de leurs délégués ; mais on lui réplique : « Si le général s'oppose à nos désirs, il faut l'expédier lui-même. » Espérant faire une diversion à l'émeute, Chazot annonce que l'ennemi
(0 Procls-verbal notarié, citi p:.r M. Mortimer-Ternaux, Hisf, de !.t Terreur, 2' édition, t. IV, p. 563.