CHAPITRE III
Procès de Louis XVI. Rapports de Vala^é et de Mailhe, 6 et y novembre i~<)2. Discussion: Cuiter, Morisson, St-Just, Robert, Lakaual, Poultier, Carra, Murât, Robespierre. Interrogatoire du roi, dignité de ses réponses. Lettre de M. de Malesherbes; plaidoirie de M. de Sè\e; le roi se défend lui-même d'avoir versé le sang du peuple. St-Jusl et Robespierre répliquent ; Amar demande une prompte condamnation ; Babaud St-Etienne tourne en dérision le rôle judiciaire de l'Assemblée. Lialogue entre le père Duchéne et Carra. Scrutin sur les trois questions de culpabilité, d'appel au peuple et de peine à infliger ; vote des députés de l'Ain, lettre de Jagot ; condamnation à mort. Sursis rejeté, vote de nos députés, ^notification du jugement par Garât, calme du roi, SCS suprêmes demandes. La Convention lui refuse un délai de trois jours et lui promet hypocritement de prendre soin de sa famille.
La curée des places et des honneurs est le but de toute révolution. Les républicains de 1792, comme ceux de 1879, étaient parvenus à remplacer rélite de la société dans le gouvernement de la France. Heureux d'être au pouvoir, ils tenaient à y prendre racine en toute assurance. Or, Louis XVI, quoique prisonnier, troublait leur quiétude ; ies événements imprévus pouvaient le ramener îur le trône et alors adieu les jouissances du capi- :ole, gare la roche tarpéienne ! C'était là une pers- )ective déplaisante, et à craindre tant que l'illustre :aptif serait en vie. Sa mort fut décidée.
l'our qu'elle ne révoltât pas le sentiment public,
il fallait lui donner Tapparence d'un châtiment mérité; il fallait dépouiller la royauté de son prestige et fairepasser Louis XVI pour traître, parjure et assassin du peuple. On ne le nomma plus que Louis Capet, Louis le dernier, le ci-devant roi, V homme du Temple ; on lui prodigua les épithètes les plus injurieuses, telles que celles de Catilina^ tyran fratiçais, tigre découronnê, monstre social, etc. ; et des sophistes trouvèrent des crimes dans tous ses actes.
Le procès commença par deux rapports : l'un de Dufriche-Valazé, député de TOrne, présenté, le 6 novembre, au nom de la commission des Vingtquatre, — l'autre, de Jean Mailhe, député de la Haute-Garonne, présenté, le lendemain, au nom du comité de législation.
Valazé rendit compte des pièces trouvées dans le secrétaire du roi et chez MM. de Montmorin et de la Porte, intendants de la liste civile (i). Sur des indices exagérés ou mal interprétés, il déclama contre les crimes de Louis Capet sans en prouver aucun, et il prétendit que l'inviolabilité, inscrite dans la Constitution, ne devait pas arrêter la justice (2).
(i) Les pièces trouvées quelques jours après dans l'armoire de fer des Tuileries, sur la dénonciation du serrurier Gamain, compromirent moins le roi que Mirabeau et quelques autres députés.
(2) Rapport fait à la Convention nationale, sur les crimes du ci-devant roi...par DufrichC'Vala^é... Paris, imp. nationale, 28 p. in-8. — Ph. L.U.