‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 74 sur 275 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

On a cherché à désarmer votre justice, dit Lakanal, député de l'Ariège, à amollir vos cœurs par la pitié ; on a osé parler d'humanité devant Louis le traître. Héros magnanimes du lo août, c'est devant vos mânes sanglans que je dénonce les défenseurs de votre lâche assassin. Oui, la force doit être généreuse... Mais ici vous avez à f:-apper un monstre social.... Législateurs, la justice et la raison outragées attendent Louis sur la roue (i).

.... Frappez vite et frappez fort, dit François Poultier, député du Nord ; vous donnerez une nouvelle secousse à l'esprit public, et vous tuerez les espérances des aristocrates, qui osent se vanter de ressusciter la royauté, et qui appellent insolemment les tours du Temple le Tombeau du Lazare. Législateurs, abolir la royauté, ce n'est rien ; il faut encore anéantir les rois : il faut purger la terre de ces êtres contre nature, de ces fléaux de l'humanité, de ces ennemis irréconciliables de notre bonheur et de nos droits.... Si, ses crimes légalement constatés, vous prononcez qu'il (Louis XVIJ en est absous par son inviolabilité, cette inviolabilité du moins ne pourra le soustraire à l'exécration publique ; si, au contraire, vous brisez le talisman ridicule de cette inviolabilité, l'échafaud sera bientôt dressé, et il ne manquera pas de poignards pour frapper ce tigre découronné (2).

La voix du citoyen Carra ne pouvait manquer à ce concert d'invectives et d'insanités :

Ce qui m'étonne le plus dans la Révolution, dit l'homme 3e !'ont-de-Veyle, et ce qui étonnera sans doute de même

(0 Opinion du citoyen Lakanal... sur la question de savoir si Louis IVl peut être jugé. Paris, imp. nationale, 8 p. in-8. — Ph. L.D. (2) Opinion de François Poultier, député du Nord, sur le procès du ciitRoi. Paris, imp. nationale, 4 p. in-8. — Ph. L.D.

la postérité, c'est d'avoir mis un seul instant en question si un traître, un assassin, un monstre marqueté de tous les crimes et convaincu, à la face du ciel et de la terre, de tous les forfaits, peut être jugé....

D'abord je demande si Louis Capet est un dieu ou un homme ? S'il n'est qu'un homme fcar personne n'osera me répondre qu'il est un Dieu), quel est donc l'homme assez absurbe, assez obtus dans ses perceptions et ses idées, pour douter une minute que Louis Capet soit jugeable comme les autres hommes ?

Venons maintenant à cette inviolabilité qu'on a si adroitement et si magiquement intercalée dans les articles de la Constitution de 1790.... Que peut-on entendre, de bonne foi et en bonne logique, par l'inviolabilité d'un Roi ou d'un autre représentant du peuple, si ce n'est un système de politique religieuse par lequel on veut investir d'un respect général et garantir de toute espèce d'insulte et d'attaque celui qui fait les lois et celui qui les fait exécuter.... Si donc, au lieu d'exécuter les lois émanées de la volonté générale, le mandataire déclaré inviolable pour ce fait positif, enfreint ces lois et trahit la cause du peuple, il est clair alors qu'il viole l'inviolabilité dont il a été doué par la fiction d'une religion politique, et qu'il en est dépouillé, malgré toutes les constitutions possibles, à l'instant même où il est pris en flagrant délit.

Or, le 10 août dernier, Louis Capet, déjà convaincu par toutes les preuves morales et politiques d'avoir insulté et | trahi, sous tous les rapports, la société, la constitution de ; 1790, la sûreté et la souveraineté du peuple, a été pris en i flagrant délit,... (i).

(i) Carra, qui s'est vanté d'avoir été l'un des organisateurs de l'attaque des Tuileries, fait un crime à Louis XVI de s'être défendu. Quel aplomb ! quelle impudence !

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