‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 75 sur 275 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'inviolabilité, sous quelque point de vue qn'on la considère, e'tant donc de'truite ipso facto parle flagrant de'lit du 10 août, il s'ensuit irrévocablement que Louis Capet n'a été et ne peut être dès ce moment qu'un individu ordinaire, et qu'il doit être jugé par le droit positif et commun dans toute la rigueur des formes.... Le droit naturel.... le condamne par la loi du talion à la peine encourue par les assassinats commis par son ordre et en son nom sur le peuple, le 10 août dernier. Le droit politique exige aussi un grand exemple de justice pour les peuples contemporains et pour la postérité. Outre que cet exemple justifiera, d'une manière authentique, l'abolition de la Royauté en France, et les saintes insurrections du peuple i français au 14 juillet 1789 et au 10 août 1792, il effraiera les autres tyrans couronnés ...

Je conclus donc à ce que la question dans la Convention nationale, ne soit plus de savoir si Louis Capet peut et doit être jugé, mais si son jugement de mort sera prononcé par la Convention elle-même (ce qui est fortement mon avis) et quel sera l'appareil de son supplice (i).

Le sanguinaire Marat demanda naturellement que la tête du tyran fût abattue par sentence de la Convention. Voici le début de son discours ; c'est une pompeuse période qui énumère les prétendus crimes de Louis XVI :

Mettre en question si la nation a le droit de juger et de punir du dernier supplice un fonctionnaire public élevé au premier rang, lorsqu'il s'est couvert du masque de l'hypocrisie pour machiner contre elle avec plus de sécurité ;

(i Opinion de Carra sur le jugement de Louis Capet, ci-devant Roi. ï^rii, imp. nationale, 4 p. in-S. — Ph. L.D.

lorsqu'il a fait servir à opprimer ses compatriotes l'autorité qui lui a été confiée pour les protéger; lorsqu'il a fait des lois un instrument de fureur pour écraser les partisans de la révolution ; lorsqu'il a enlevé aux citoyens leur numéraire pour soudoyer leurs propres ennemis ; lorsqu'il leur a enlevé leurs subsistances pour approvisionner les hordes barbares qui venoient les massacrer ; lorsqu'il a formé des compagnies d'accapareurs et d'ouvriers de famine, pour tarir les sources de l'abondance, faire périr le peuple de misère et de faim ; lorsqu'il s'est déclaré le chef des traîtres et des conspirateurs ; lorsqu'il a tourné contre la nation les armes qu'elle lui avoit remises pour la défendre ; lorsqu'il a tramé le complot de faire massacrer les défenseurs de la liberté, pour remettre le peuple à la chaîne, c'est insulter à la raison, outrager la justice et révolter la nature. Mettre en question si un despote souillé de tous les crimes, si un monstre encore tout couvert du sang des amis de la patrie qu'il a fait égorger, peut être amené en jugement et puni du dernier supplice, c'est se jouer de l'humanité, c'est renoncer à toute pudeur (i).

Robespierre poussa encore plus loin que Carra et Marat les extravagances déclamatoires ; il demanda que Louis XVI fût condamné à mort sans jugement:

Louis fut roi, dit-il, et la République est fondée. La question fameuse qui vous occupe est décidée par ces seul^ mots : Louis est détrôné par ses crimes. Louis dénonçait le peuple français comme rebelle, il a appelé pour le châ-

(i) Opinion de Marat, l'ami du peuple, député à la Convention nationale sur le jugement de l'ex-monarque. Paris, imp: nationale, 12 p. in-S — Ph. L.D.

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