CHAPITRE IM
barreau. Le premier refuse, ce dont le punit plus tard Napoléon P"", en effaçant son nom sur la liste des membres de la cour de cassation. Tronchet accepte sans hésiter. Plusieurs autres aA ocats réclament l'honneur périlleux de plaider la cause de Louis XVI : Jourdat, Huet, Guillaume, Lavaux, Cazalès, Lally-Tolendal^ Malouet, Necker (i). L'ancien ministre Lamoignonde Malesherbes avait écrit, le jour même de Tinterrogatoire, la lettre suivante au président de la Convention :
Citoyen Président,
J'ignore si la Convention donne à Louis XVI un conseil pour le défendre, et si elle lui en laisse le choix ; dans ce cas là, je désire que Louis XVI sache que, s'il me choisit pour cette fonction, je suis prêt à m'y dévouer. Je ne vous demande pas de faire part à la Convention de mon offre, car je suis bien loin de me croire un personnage assez important pour qu'elle s'occupe de moi ; mais j'ai été appelé deux fois au conseil de celui qui fut mon maître, dans le temps que cette fonction étoit ambitionnée par tout le inonde. Je lui dois le même service lorsque c'est une fonction que bien des gens trouvent dangereuse. Si je connoissois un moyen possible pour lui faire connoître mes dspositions, je ne prendrois pas la liberté de m'adresser à vous. J'ai pensé que, dans la place que vous occupez, vous aurez plus de moyens que personne pour lui faire p;isser cet avis.
Lamoignon de Malesherbes.
(i) Procès de Louis XVI et de Marie- Antoinette dans les Causes célè' bret de tous les peuples, par A. Fouquier, p. 3o.
j36 neuvième époque.
M. de Malesherbes est agréé par le roi et la Convention. La Convention Tautorise donc, ainsi que Tronchet, à communiquer librement avec Louis XVI ; mais quand ces messieurs se présentent à la tour du Temple, ils trouvent à la porte une consigne inimaginable établie par les dictateurs de l'Hôtel-de- Ville, « Le conseil accordé à Louis, dit leur arrêté du 12, sera scrupuleusement examiné,/oz////é jusqu'aux endroits les plus secrets, et, après s'être déshabillé^ il se revêtira de nouveaux habits, sous la surveillance des commissaires et ne pourra communiquer avec Louis qu'en leur présence. » Cette consigne soulève une tempête à la Convention, et, malgré Tappui de Robespierre, elle est écartée par Tordre du jour.
Le i5 décembre, l'Assemblée décide, par un décret, que quatre commissaires mettront entre les mains des conseils « les pièces probantes des crimes, » et, par un autre, que « Louis Capet sera entendu définitivement le mercredi 26 du présent mois. »
Lire en dix jours une infinité de documents et préparer un plaidoyer, la tâche était trop rude pour deux hommes âgés ; ils se font adjoindre un jeune et brillant avocat de Bordeaux, M. Romain de Sèze, qui prendra courageusement la plus lourde partie du fardeau.
Louis XVI, malgré le talent de ses défenseurs